Brésil: les sans-toit se mobilisent contre la bureaucratisation et pour l’accélération des programmes nationaux liés à l’habitat d’intérêt social

11 avril 2007, les mouvements populaires regroupés par l’UNIÃO Nacional por Moradia Popular se sont mobilisés dans 17 Etats du Brésil pour appuyer une délégation à Brasilia afin d’obtenir un droit de cité au Ministère des Villes. Parmi les principaux lieux de militance, outre le campement situé en face du Ministère à Brasilia, 3 occupations ont eu lieu à São Paulo réunissant des centaines d’activistes tandis qu’à Salvador de Bahia 2 occupations ont trouvé écho dans la presse. Les antennes de l’UNIÃO de Maceio, Recife, Caruaru, São Luis, Caucaia, Rio de Janeiro, Propría-SE, Belo Horizonte, Ponta Grossa, Curitiba et Blumenau ont, eux aussi, suivi l’appel national et ont organisé des actes publics relayant les revendications apportées à Brasilia.
 
L’UNMP avait auparavant annoncé depuis plus d’une semaine une vague d’occupations dans tout le Brésil, créant un événement national. “Dans un pays avec des millions de sans-toit vivants dans des conditions inhumaines, dans lequel les programmes d’habitation populaire peinent  à se concrétiser, le principal moyen des mouvements populaires pour avancer reste la pression sociale des actes publics”, expliquait alors le journal national des sans-toit.
Malgré de nombreux progrès perçus par la base populaire brésilienne, le système national habitationnel d’intérêt social n’a pas su répondre aux attentes et défis du programme politique somme tout ambitieux du PT. Deux critiques majeures se cristallisent au sein du discours des diverses entités des mouvements populaires.
 
La première exprime l’inquiètude de ces derniers envers les 2,6 billions de reais libérés par le PAC en 2007 (N.D.L.R.: Programme d’Accélération de la Croissance du PT) destinés aux divers programmes d’habitations populaires (Crédit Solidaire, Résolution 460 et Programme pour l’Habitat Populaire d’Intérêt Social). Dans ce cas, seulement la moitié de cet argent reste sous le contrôle et le monitoring du Conseil de Gestion du FNHIS qui garantit le suivi de fonds dans le cadre du développement urbain et régional. L’UNMP sollicite une fois de plus un contrôle renforcé des subsides alloués aux programmes sociaux afin de garantir que cet argent arrive bel et bien jusqu’à la base de la population brésilienne. Il est question, à demi-mot, de dénoncer les éventuels détournements de fonds existants.
 
La seconde critique relate les difficultés que la majorité des sans-toit rencontre face à une bureaucratisation fastidieuse. “Le manque d’une forte politique de subsides, de fonds conséquents pour les régions métropolitaines, d’intégration de politiques sectorielles, de programmes qui renforcent le principe d’autogestion, liés au clientélisme ambiant et à une bureaucratie excessive, ont créé un phénomène curieux: même avec un gouvernement qui construit des logements sociaux, le déficit national de l’habitat ne cesse d’augmenter tout en se concentrant dans les couches de population les plus pauvres”, affirme unanimement  les leaders de l’UNMP.
 
Sérgio Bulcão, coordinateur de l’UMP-BA (UNIÃO por Moradia Popular – Bahia), rappelle volontiers la lenteur administrative à laquelle l’antenne nordestine de Salvador de Bahia doit faire face quotidiennement. “Pour obtenir de la Caixa Econômica Federal qu’elle évalue la situation de 1000 familles et délivre les autorisations relatives au programme du Crédit Solidaire, cela nous a pris plus de trois ans. A ce rythme, la majorité des familles se découragent et se désistent des projets en cours. A Salvador, entre 40 et 50 % de la population vit grâce à des métiers informels. Perdre une journée dans les files d’attentes des diverses administrations brésiliennes constitue un réel manque à gagner pour ces familles en situation précaire”, explique-t-il.
 
Les mobilisations du 11 avril 2007 ont exigé une révision urgente et nécessaire pour faire en sorte que les fonds alloués arrivent plus rapidement aux bénéficiaires, notamment envers les familles dont le revenu ne dépasse pas les 3 salaires minimum (Moins de 500.-  francs suisses), strate de la population qui concentre plus du 80 % du déficit habitationnel brésilien.
 
Le 11 avril 2007, une commission de l’UNMP a été reçue par le ministre Marcio Fortes et a pu lui remettre un ensemble de revendications. Le représentant du Ministère des Villes a affirmé avoir créé des groupes de travail et a promis des réponses à ces problématiques le plus rapidemment possible. Le 12 avril, la commission dépêchée par l’UNMP se trouve à nouveau en pleine négociation avec Marcio Fortes dans l’expectative d’obtenir plus qu’une simple écoute.
 
Olivier Grobet, Salvador de Bahia
 
Galerie photos de l’occupation à Salvador
http://www.humanitaire.ws/galeriephotos/ocupacaodia11deabrildohopitalsarah/index.html


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