Des ONG quittent le Soudan du Sud, pas ASASE

Travailler au Soudan du Sud devient de plus en plus périlleux et compliqué pour les ONG. Depuis le début du conflit il y a près de trois ans, nombre d’organisation ont du interrompre leur travail où se sont retirées du pays. Alors que la courbe des besoins de la population a pris, elle, un envol. La Société Saint Vincent de Paul du Soudan du Sud (SVDP), partenaire local de l’Association suisse des amis de Soeur Emmanuelle (ASASE), poursuit pour sa part son action. Comme l’explique Betram Gordon, son directeur, de passage en Suisse en septembre, cette longévité résulte du fait que SVDP est une petite ONG locale, fondés sur l’effort communautaire et relié à l’Eglise, une institution reconnue et respectée du gouvernement et de la population. Le soutien d’ASASE est à ce titre précieux.

 

Depuis le début du conflit, il y a près de 3 ans, des villes entières ont été dévastées, comme Malakal, la troisième en importance. Ainsi 2,3 millions de personnes ont dû quitter leur foyer. Un million d’entre elles se sont réfugiées dans les pays voisins, en Ouganda (37%) et en Ethiopie. Le Soudan du Sud rejoint ainsi le triste peloton de tête des nations générant le plus de réfugiés (avec la Syrie, l’Afghanistan et la Somalie). « La plupart sont des femmes et des enfants », a déclaré le porte-parole de l’Agence des réfugiés des Nations Unies lors d’une conférence de presse à Genève à la mi-septembre. « Ce sont des survivants d’attaques violentes et d’agressions sexuelles, des enfants séparés de leurs parents, des personnes handicapées ou âgées ou ayant besoin de soins médicaux d’urgence. »

Les déplacés ne reçoivent plus d’aide régulière du World Food Program car les ONG étrangères sont dans le collimateur du gouvernement et ne peuvent plus opérer librement. Les plus importantes, liées à l’ONU ou autres, sont considérées comme des ennemies. Elles travaillent en équipes réduites car leur personnel a été en grande partie évacué en juillet. Une cinquantaine de personnes des organisations humanitaires ont été même tuées depuis le début du conflit fin 2013.

 

La situation économique du pays s’est aussi gravement détériorée. Depuis le premier semestre 2016, l’inflation est de plus 600%. Conséquence de la guerre, 60% des ressources pétrolières (unique ressource du gouvernement) sont allouées à la défense. Et avec la chute du prix du pétrole, la Banque centrale n’a plus de réserves. A la fin de l’année, le déficit budgétaire devrait atteindre 1,5 milliard d’euros, soit 30% du PIB.

Le gouvernement ne dispose que de quelques mois de réserves pour couvrir les importations. Il emprunte en hypothéquant la production pétrolière future. Et il fait tout pour mettre la main sur l’argent qui arrive dans le pays… Il a notamment ordonné en août aux ONG de fermer leurs comptes dans les banques privées commerciales et de transférer leurs avoirs dans la banque centrale.

Ce manque d’argent provoque une contraction du commerce : « Aujourd’hui, tu peux conduire une heure sur la Nimule road (la route qui relie le pays à l’Ouganda) sans croiser un camion. » De nombreux commerçants étrangers ont quitté le pays.

La détérioration d’une situation sécuritaire déjà tendue et fragile est susceptible de limiter l’accès aux zones de pêche, et aux fermes pour la plantation et la récolte des cultures, et va pousser les éleveurs de bétail à migrer, hors saison traditionnelle, vers les zones qui sont normalement destinées à la production agricole. Au cours des journées de violence qui ont éclaté en juillet, l’entrepôt de la FAO à Juba a été saccagé et les stocks de semences et d’outils ont été pillés.

Un dernier chiffre inquiétant : selon la FAO, plus de 5 millions d’habitants, soit d’un habitant sur deux, est en situation grave d’insécurité alimentaire. Après le Yemen et la Syrie, c’est la population au monde qui souffre le plus de la faim.


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