Evitez les pièges de l’aide humanitaire en collaborant avec des partenaires locaux

Arrivé en Suisse depuis peu, il est un Sri Lankais qui, cinq mois après avoir vécu l’enfer, ne se fait plus beaucoup d’illusions quant à l’aide internationale promise aux Etats sinistrés par le tsunami de décembre 2004. « Là où je vis, je n’ai rien vu des promesses faites par la communauté internationale. Beaucoup de personnes sont venues constater l’ampleur des dégâts- sans que rien ne soit vraiment entrepris, affirme Daya.  De son côté, le gouvernement cinghalais ne tient pas ses paroles. Au Sri Lanka, nos dirigeants ont promis une aide d’environ 250.- CHF par famille, indépendamment du nombre de personnes qu’elle englobe, pendant six mois. Après un trimestre, les officiels se sont rétractés et ont coupé leurs subsides. »
 
 
Décembre 2004, l’Asie du Sud-Est sombrait dans un cauchemar à la suite d’un tsunami dévastateur et devenu référence mondiale en la matière. La communauté internationale se mobilisait alors pour parer au plus pressé, promettant de subvenir aux besoins des populations sinistrées et endeuillées. En un temps record, plusieurs millions de dollars ont été récoltés. Puis de nombreuses campagnes ancrées sur le sentimentalisme et le bon fond des populations mondiales se sont succédées. Au final de quoi, le mot réussite avec un « R » majuscule était évoqué sans équivoque. La communauté internationale s’engageait à verser plusieurs milliards de dollars- autant de promesses que les populations autochtones ont reçu en pensant bénéficier d’une manne leur permettant de faire mieux que de survivre.
 
S’assurer de la distribution des dons
 
« Trois mois après le tsunami, la Chaîne du Bonheur et ses organisations partenaires avaient déjà engagé 30 millions de francs suisses dans l’aide d’urgence et les constructions provisoires, principalement au Sri Lanka, dans le Sud de l’Inde et en Indonésie. » Mieux la chaîne du bonheur propose de suivre à la trace les projets financés par les dons recueillis. http://www.bonheur.ch/bonheur.php?http_page=sammelaktionen_detail&http_dsid=73
 
Il n’en est pas moins que sur le terrain l’aide n’est pas toujours aussi claire que ce qu’on peut en lire. Pas question de jeter la pierre aux donateurs et encore moins aux ONG oeuvrant à la reconstruction de ces  pays et de  ces vies détruites. Il s’agit toutefois de comprendre le fonctionnement  d’un eldorado humanitaire permettant de récolter en peu de temps un maximum d’argent. On connaissait les abus au niveau des adoptions où certains n’ont pas hésité à enlever des enfants pour les revendre en tant qu’orphelins jouant sur la « sensiblerie » de mise. Mais qu’en est-il des milliards promis à la suite du tsunami ?
 
Dans ce cadre, il est question de remettre en cause le fonctionnement d’Etat à l’instar du Sri Lanka. Dans  cette opulence de générosité, certains dirigeants appliquent une politique quelque peu opaque, décidant du droit de vie et de  mort sur les populations touchées.
 
Une rumeur au goût de scandale
 
Selon les dires de Cinghalais, une partie de l’argent récolté transiterait sur des comptes militaires.  Rumeur ou scandale ? Selon toute vraisemblance quelques privés occidentaux, habitués des plages du Sud sri lankais, auraient créé leur propre site internet afin de récolter un maximum d’argent pour venir en aide des populations les plus démunies. A titre d’exemple, un Allemand, revenu avec environ 100 000.- CHF en poche, a vite déchanté. Le gouvernement, supposé enregistrer cette somme et viser les documents officialisant cet argent, aurait proposé de le verser sur un compte militaire, suggestion que l’Allemand a bien entendu refusé. Au bout du compte, la somme récoltée est retournée aux donateurs.
 
Pratique normale ? Détournement de fonds pour assumer 30 ans de guerre civile contre les tigres tamouls ? Difficile de délier les langues ou même de retrouver des traces concrètes de cette pratique. Evidemment, ce qui importe c’est que la majorité des populations locales n’ait pas vraiment vu la couleur de l’argent promis.
 
Afin de mieux comprendre le contexte de l’aide d’urgence, quelques questions ont été posées auprès de six ONG suisses considérées comme étant sérieuses. Seul deux d’entre elles ont répondu : l’EPER et la Croix-Rouge Suisse. De toute évidence, le contexte semble compliqué et les réponses sibyllines incitent plutôt à confier son aide financière à des partenaires locaux plutôt qu’aux gouvernements.
 
 
L’exemple de l’oeuvre d’entraide des Eglises protestantes suisses (EPER)
 
 
Quels programmes soutenez-vous en Asie du Sud-Est ?
Inde
 
En Inde d’abord un programme d’aide d’urgence en partenariat avec CASA (Church’s Auxiliary for Social Action) a été poursuivi. Depuis le Tsunami nous élaborons la préparation du plus grand « Reconstruction-Project » avec CASA, projet d’une ampleur d’environ 4 millions de francs. Il couvre environ 850 maisons dans 3 villages. Cela commencera aussitôt que le gouvernement indien (et le gouvernement régional) aura décidé de l’attribution des villages.
Plus d’infos  http://www.eper.ch/  , cliquez sur « actualités » et « aide d’urgence »
 
Indonésie
 
Après le 26 décembre 2004, dévastateur EPER a oeuvré dans la province d’Aceh ainsi que sur l’île Nias, qui se trouve à l’ouest des Sumatra ; nous nous attelons à l’aide de reconstruction et de survie. Pour Nias, la construction des maisons et d’une école étaient planifiée  pour le 28 mars déjà. A la fin de ce même mois de mars, l’île a été ébranlée toutefois encore par deux nouveaux séismes. Plusieurs centaines d’Hommes sont morts. Ce qui était à nouveau sur pied, les rares infrastructures remises en place ont largement été détruites. Dans le cadre du réseau d’aide d’urgence international l’ACTE (Action by Churches Together) et grâce au partenariat d’aide d’urgence local « Holiana’a », l’entraide protestante suisse effectue encore une aide d’urgence. Des cuisines communautaires sont développées, et dans sept camps nous distribuons du riz, des nouilles, le poisson sec, l’alimentation de bébé, l’huile de farine, des sucres ainsi que des couvertures, les articles d’hygiène et des ustensiles de cuisine. L’aide dans le cadre de 290.000 francs profite à environ 4700 personnes et ceci pour une durée de trois mois. Une nouvelle demande correspondante est soumise avec la chaîne du bonheur. À partir de juillet, des projets de reconstruction sur l’île de Nias sont prévus et aussi dans les Calang, province d’Aceh.
 
Sri Lanka
 
Au Sri Lanka des clarifications pour des projets de reconstruction sont mises en oeuvre actuellement également sur un ACTE (Action by Churches Together).
Votre ONG doit-elle obtenir une autorisation de la part des gouvernements pour pouvoir exercer son aide et appliquer son monitoring ?
Nos partenaires locaux et l’ACTE ne doivent pas s’enregistrer auprès du gouvernement car ils le sont déjà. Puisqu’EPER ne travaille qu’avec  des Organisations locales, notre organisation ne nécessite pas un enregistrement propre. En fait, les locaux doivent s’en tenir aux normes de reconstruction et d’aide d’urgence appliqué par le gouvernement.  Dans le cas du Sri Lanka, certains privés ayant récolté des fonds d’entraide ont dû demander une autorisation du gouvernement sri lankais pour pouvoir verser leur argent. Cette procédure est-elle normale ?
Nous ne pouvons pas juger cela. On peut distribuer facilement de l’argent à des personnes privées. Si on apparaît toutefois en tant qu’organisation, ou en tant qu’envoyés d’organisations, le gouvernement a naturellement le droit d’exiger au moins un enregistrement.
 
L’argent que vous possédez pour l’aide humanitaire transite-t-il par des comptes gouvernementaux liés au pays touchés par le tsunami ou reste-t-il sur des comptes non gouvernementaux?
L’argent de la chaîne du bonheur ou de EPER n’est pas transmis sur des comptes appartenant aux gouvernements, mais exclusivement à des organisations partenaires locales.
Les comptes militaires sri lankais sont-ils utilisés à des fins humanitaires ?
 
On ne peut pas répondre ainsi à cette question, mais c’est sûrement un fait que les militaires ont été utilisés pour venir en aide aux populations locales.
 
L’exemple de la Croix-Rouge Suisse
 
Comme toute ONG, la Croix-Rouge a en principe besoin d’une autorisation du gouvernement pour devenir active dans un pays. En l’occurrence, la Croix-Rouge suisse a un „service agreement“ avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge/Croissant-Rouge (notre organisation faîtière) qui elle de sa part a signé un accord avec les gouvernements concernés. Dans les pays asiatiques mentionnés, notre programme d’aide est coordonné par la Fédération.
 
Il va de soi que nos comptes ne transitent pas par des comptes gouvernementaux mais sont administrés et contrôlés par les structures administratives de la Croix-Rouge. Ce principe de gestion est  important.
 
La Croix-Rouge n’est pas en mesure de juger comment les comptes gouvernementaux sri-lankais sont appliqués puisque cela n’affecte pas directement son travail qui se fait en faveur de la population selon le principe de l’impartialité.
 
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Olivier Grobet


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