Forum social mondial 2018 : « Bien plus qu’une édition dédiée à la résistance politique »

Organisée au Brésil alors que l’Amérique du Sud connaît une poussée néolibérale, l’édition 2018 du Forum social mondial (FSM) n’échappe pas aux débats politiques. Mais au-delà, la manifestation continue à remplir pleinement son rôle de plateforme d’échange, constate sur place Sergio Ferrari, d’E-CHANGER.

C’est cette association basée à Lausanne qui s’est chargée d’organiser la participation de la délégation helvétique, composée de plus de 25 personnalités. Pour mémoire, la manifestation s’est ouverte mercredi à Salvador de Bahia et se déroule jusqu’à samedi.

Les organisateurs ont placé l’édition 2018 du FSM sous le thème « Résister, c’est créer, résister, c’est transformer ». Un intitulé qui fait mouche dans un contexte de virage à droite de plusieurs économies sud-américaines.

« Bien sûr, on sent bien (parmi les participants au FSM) les préoccupations liées à ce changement de paradigme », a expliqué à l’ats Sergio Ferrari. « Et de nombreuses discussions informelles avaient un caractère politique. » Ne voir dans le titre de la manifestation qu’une invitation à la résistance politique serait très réducteur, avertit-il néanmoins.

« Par résistance, il faut comprendre toutes les formes de luttes. Celles des femmes, celles des écologistes, celles de tous ceux qui militent pour davantage de solidarité », souligne Sergio Ferrari. Le Forum social mondial ne s’est donc pas mué cette année « en espace révolutionnaire ». A titre de comparaison, cette édition « était bien moins politisée que celle de Tunis » (2013), qui survenait dans un contexte post-printemps arabe.

Attentes dépassées

Parmi les moments forts des premiers jours du FSM 2018, Sergio Ferrari cite la marche d’ouverture à travers la ville de Salvador de Bahia, à laquelle « environ 20’000 personnes issues de milieux très divers » ont pris part. « Il y avait beaucoup d’ambiance et de musique; c’était très coloré, très brésilien! »

Sur l’ensemble du Forum aussi, le responsable d’E-CHANGER se réjouit d’une participation très importante . « Cela ne m’étonnerait pas que le seuil des 60’000 personnes soit dépassé », anticipe-t-il. Autre élément marquant: Sergio Ferrari souligne la venue en nombre « des jeunes et des femmes ».

Déclaration finale?

S’il relève la richesse et la diversité du programme mis en place par les organisateurs durant ces 4 jours, Sergio Ferrari rappelle que la manifestation sert également de tremplin à d’autres types d’échanges. La délégation suisse a ainsi relié le Brésil plusieurs jours avant l’ouverture, afin de rencontrer des partenaires locaux et découvrir des projets dans l’Etat de Bahia.

« Nous avons notamment visité des parcelles occupées et institutionnalisées en compagnie du Mouvement des sans-terre et nous nous sommes entretenus avec les membres d’un syndicat de femmes travailleuses domestiques. » Sergio Ferrari gardera par ailleurs longtemps en mémoire un entretien avec Chico Whitaker, l’un des fondateurs du Forum social mondial et « sorte de gourou de l’altermondialisme ».

Cette discussion a porté entre autres sur l’avenir du FSM. « Chico Whitaker est relativement critique face à la frange des organisateurs qui estime que la manifestation devrait être plus politique et plus engagée, notamment au travers d’une déclaration publiée à son terme », rapporte Sergio Ferrari. A l’inverse, l’octogénaire brésilien prône un « espace autoconvoqué et non radicalisé ».

Le Forum des femmes noires

Chico Whitaker est également un fervent partisan du retour à un Forum social mondial se déroulant en même temps que le Forum économique mondial de Davos (WEF). Un changement qui permettrait de donner davantage de visibilité au FSM. « Cette question des dates est pas mal débattue dans les coulisses du Forum », constate Sergio Ferrari.

Dans la même veine, le lieu – ou plutôt le continent – d’accueil du FSM ne fait pas l’unanimité. Pour mémoire, l’édition 2016, qui s’était tenue à Montréal, n’avait enregistré que 30’000 participants, la faute notamment à des frais trop élevés pour de nombreux intéressés.

« On peut certes déplorer cette participation moins élevée. Par contre, la manifestation canadienne était très créative et a été l’occasion de faire un vrai saut générationnel. » Et Sergio Ferrari de résumer: « Montréal, c’était le Forum des jeunes universitaires. Salvador, c’est celui des femmes noires. Le plus important, c’est cette diversité! »

(ats)


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