Ghana: un célèbre journaliste d’investigation menacé de mort avant la diffusion de son enquête

Reporters sans frontières (RSF) condamne avec la plus grande fermeté les menaces dont fait l’objet le journaliste Anas Aremeyaw Anas, auteur d’un documentaire sur la corruption dans le football ghanéen, et demande aux autorités d’ouvrir une enquête et de sanctionner les auteurs.  


Appels menaçants, messages d’intimidation et véhicules suspects autour de son domicile… Le quotidien du journaliste Anas Aremeyaw Anas est devenu un enfer depuis que son projet d’enquête sur la corruption dans le football ghanéen a été rendu public par le président du Ghana Nana Akufo-Addo. Le chef de l’Etat, qui s’était vu offrir un droit de réponse et avait ainsi pu visionner des extraits du documentaire, a ordonné l’arrestation du président de l’Association de Football du Ghana, qui a été depuis remis en liberté sous caution. L’enquête intitulée “Numéro 12” doit être diffusée en avant-première au centre de conférence international d’Accra ce mercredi 6 juin.


Joint par RSF, le journaliste assure ne pas être intimidé et confirme qu’il diffusera son enquête malgré les menaces “regrettables” proférées, y compris par des hommes politiques de premier plan. C’est ainsi que le député Kennedy Ohene Agyapong, mis en cause dans l’affaire, a accusé, lors d’une émission diffusée en direct le 4 juin sur Adom FM, le journaliste de faire du “chantage” pour “obtenir de l’argent” avant d’affirmer qu’il méritait “d’être pendu”. Le parlementaire avait déjà menacé de “détruire la carrière” du documentariste sur Adom TV le 29 mai dernier.


“L’indifférence générale dans laquelle des menaces de morts sont proférées contre un journaliste reconnu pour son professionnalisme est incompréhensible, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Le gouvernement ne peut tolérer que l’un des députés de la majorité au pouvoir tienne de tels propos. Il est indispensable que ces menaces soient prises au sérieux, qu’elles soient systématiquement condamnées et qu’une enquête soit ouverte pour sanctionner les auteurs.”


“La police ne devrait pas attendre qu’il arrive malheur à Anas pour intervenir” estime pour sa part le directeur de l’Association des Journalistes du Ghana, Affail Monney, joint par RSF. D’autant que l’entourage d’Anas a déjà fait également l’objet de menaces inquiétantes: le 31 mai dernier, des hommes armés ont tenté de s’introduire au domicile de Saddick Adams, un journaliste sportif ayant collaboré avec Anas dans sa dernière enquête.


L’identité réelle d’Anas Aremeyaw Anas reste inconnue. Lors de ses interventions publiques, le journaliste apparaît systématiquement le visage masqué. Son enquête sur la corruption dans la magistrature avait eu un impact retentissant en 2015 et avait conduit à la suspension de 34 juges, qui avaient accepté une proposition de pots-de-vin pour influencer leur décision.


Classé 23ème, le Ghana occupe la première place des pays africains dans le Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.


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