Gilbert Rist :  » La coopération internationale permet de créer des emplois, de financer des projets, certes, mais cela constitue une somme tellement marginale qu’il ne faut pas croire que nous allons changer le monde avec cela. « 

Très au fait quant aux statistiques consacrées au budget de la
coopération au développement, Gilbert Rist tend à relativiser
l’impact de tels projets. Marginalisée, la coopération internationale
ne peut se substituer à une réelle conscientisation des enjeux
sociaux d’aujourd’hui. Quatrième partie de l’interview consacrée
à Gilbert Rist.

A travers la coopération au développement, pensez-vous que
l’on puisse considérer les ONGs comme étant vecteurs de changements
?
J’ai toujours dit qu’il ne faut pas mélanger le  » développement
 » comme phénomène global avec la coopération au développement,
qui constitue quelque 0,29% du PNB des pays de l’OCDE. L’année dernière,
on a prétendu avoir consacré 100 milliards de dollars à
la coopération au développement. Or, on a comptabilisé
dans ce montant l’annulation de dettes ce qui représentait déjà
plusieurs milliards de dollars. La Suisse, à titre d’exemple, a gonflé
ses comptes en mettant dans l’enveloppe de la coopération au développement
tout ce qu’elle avait dépensé pour les requérants d’asile
puisqu’ils viennent du Sud. Si l’on veut être un peu plus honnête
que les statistiques, disons qu’il y a quelque 50 milliards par année
qui sont distribuables. Cela permet de créer des emplois, de financer
des projets, certes, mais cela constitue une somme tellement marginale qu’il
ne faut pas croire que nous allons changer le monde avec cela.
Est-ce que les changements issus de la coopération internationale
sont des illusions ?
Cela dépend. A quels changements vous référez-vous ?
On pourrait évoquer le Forum Social Mondial ou encore la gestion
participative des communautés…
Je suis évidemment favorable à la gestion participative comme
celle qui a été mise en place à Porto Alegre, par exemple.
On sait que, dans un certains lieux, cette gestion horizontale fonctionne. Je
vais être un peu provocateur, mais il y a une espèce d’illusion
démocratique.
Je suis démocrate et Suisse. Tous les trois mois, nous allons voter
pour nous prononcer à propos de différents objets. Je dois dire
que, de mon point de vue, la  » sagesse populaire démocratique  »
ne sort pas forcément des urnes. Les résultats des votations (ce
que les Français appellent un référendum) ne correspondent
pas toujours à mes espérances. La décision démocratique
ne va pas forcément dans le sens d’une prise de conscience des problèmes
d’aujourd’hui. Je ne souhaite pas pour autant le retour au pouvoir de despotes
éclairés. Finalement, la démocratie est une bonne chose
pour autant qu’il existe, au sein de la population, une réelle conscientisation
sur les enjeux d’aujourd’hui.
Enfin, je ne parlerais pas d’illusion. En Suisse, on parle d’une politique
de cohérence. On s’efforce de mettre la politique de coopération
au développement en adéquation avec la politique étrangère
de la Suisse. Pour le citoyen, cela tombe sous le sens, mais pas pour les hommes
politiques car les intérêts de l’économie ne sont pas les
mêmes que ceux de la coopération. La logique économique
est malheureusement prédominante. Propos recueillis par Olivier Grobet

 
Fragments de paroles

 

Gilbert Rist : « J’ai vécu cette période très enthousiaste des années 60 où les Nations unies lançaient la « décennie du développement ». »
Gilbert Rist : « C’est la part du dieu qui est prioritaire et qui constitue un « besoin fondamental »
Gilbert Rist : « Nous avons remplacé la colonisation par les organisations internationales. »
Gilbert Rist :  » La coopération internationale permet de créer des emplois, de financer des projets, certes, mais cela constitue une somme tellement marginale qu’il ne faut pas croire que nous allons changer le monde avec cela.  »
Gilbert Rist : « Il faut en finir avec une certaine idée du développement. »

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