Internet : toile du dragon ou part du lion ?

Lieu virtuel, sans contrôle apparent, la toile du web fait-elle peur à juste titre ? Pendant plusieurs années, les expressions qualifiant le quotidien de la toile n’avaient pas tendance à en faire l’éloge. « On trouve de tout sur le web- même plutôt le pire », comprenez par là que sans législation car sans frontières, internet laissait la part belle à tout à tout à tous et surtout aux déviances d’un clientélisme anonyme. Souvent caractérisé par les agissements pédophiles, les sites pornos sadiques, les spams d’entreprises aux vocations marketing agressives, la toile endosse plus qu’elle ne l’est. En fait, ces cyberespaces douteux ne représentent apparemment qu’un 3% selon les spécialistes de la toile. Le web n’a pourtant pas fini de faire parler de lui.
 
Souvenez-vous ! On a même vécu la tendance scato où il s’agissait de se rendre sur le site perso de quelques personnes sans pudeur dans le but de lorgner quelques excréments s’effondrer sur une webcam d’après un horaire précis. Indigeste et loin derrière.
 
Aujourd’hui, dit-on, le terrorisme a pris ses quartiers sur le réseau mondial relayant sans vergogne quelques vidéos « trashs » rappelant les balbutiements d’un internet américanisé où certains prétendaient pouvoir tracer l’amant aidant sa concubine à découper son mari dans un élan de folie rendue publique. L’intimité en prend un sacré coup tandis que le public s’intéresse de plus en plus au real média. Mais qui vit la réalité ? Les infos viennent du peuple- les stars aussi. Le terrorisme en profite et s’adresse à la majorité par les mêmes voies de communication prenant un aspect contestataire proche d’un certain populisme.
 
Mais si la toile n’était que le ramassis d’une intelligentsia de papier, pourquoi bon nombre de régimes totalitaires s’efforceraient d’éradiquer son développement ? Du Viêt-Nam à la Tunisie en passant par la Chine, l’internaute n’est pas libre de cliquer sur l’information qui l’intéresse, le lecteur risquant jusqu’à la prison.
 
En Espagne, José Maria Aznar perdait les élections après avoir essayé de manipuler l’opinion publique lors des attentats de Madrid. Internet relayait alors l’information comme quoi la piste terroriste d’Al Quaida semblait la plus probable, tandis que l’homme politique dénonçait l’ETA. Outrée l’opinion publique le déboutait, lui qui avait bravé les siens lorsque le peuple hispanique se révoltait contre sa décision d’appuyer la guerre en Irak.
 
Voilà peut-être la première piste plausible de ce qu’est réellement devenu internet. Le monde se résume à un réseau quasi instantané. Donnant un sens à la globalisation des médias, internet ouvre le champs de l’informations à qui veut bien en recevoir ou à qui veut bien en donner. Seulement le succès grandissant de ce média ne laisse pas indifférent. Il est question aujourd’hui de le circonscrire, voire de le légiférer. En France, on parle d’attribuer la responsabilité du contenu à l’hébergeur ce qui permettrait d’attribuer à une adresse IP (adresse d’un ordinateur serveur) un devoir de diligence à l’Etat. Tout simplement impensable pour quiconque connaît le milieu. Autant donner la responsabilité rédactionnelle du journaliste et du contenu de son article à son imprimeur.
 
Alors faut-il avoir peur d’internet ? Non sûrement pas. Il est le moyen le plus commode de créer des réseaux d’informations puissants et complets dans une dynamique de globalisation positive. La mise sous tutelle d’internet serait gageure et ne ferait qu’engendrer une censure malvenue. A vrai dire, la véritable question repose sur une idée visionnaire. Qu’est-ce que peut apporter internet à l’heure actuelle ? La toile du web peut-elle échapper  à tout enjeu économique et politique laissant l’expression à sa qualité essentielle : la liberté ? Alors comprenez dans ces quelques lignes l’envie de faire un appel au bon sens de nos démocraties. Et un appel à la solidarité à l’égard de la soixantaine de cyberdissidents actuellement emprisonnés dans le monde. La liberté d’opinion est un droit, un bon sens, le moyen de nous acheminer vers un autre monde.
 
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Olivier Grobet


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