La pauvreté dans le monde, un effet de l’injustice

Selon les chiffres officiels des organisations internationales, en 2018, une personne sur dix sur la planète Terre souffre de l’impact de l’extrême pauvreté. Et alors qu’au cours des 25 dernières années, un milliard d’êtres humains ont échappé à cette catégorie, la réalité quotidienne donne des signes inquiétants de revers importants, dans de nombreuses régions. 

Mettre fin à la pauvreté n’est pas une question de charité mais de justice, ont souligné les Nations Unies, en cette troisième semaine d’octobre, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, célébrée le 17 octobre. Cela est d’autant plus pertinent que nous célébrons, cette année, le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains et que le débat sur les Objectifs du développement durable – dont le premier vise à mettre fin à ce fléau – est relancé.

Selon les statistiques de l’ONU, 700 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui signifie qu’elles ont moins de 1,90 dollar par jour pour survivre. Cependant, il faut souligner que 1300 millions de personnes souffrent de « pauvreté multidimensionnelle », un concept qui prend en compte l’accès aux services de base essentiels pour mener une vie digne. Encore plus inquiétant : la moitié des « victimes » a moins de 18 ans.

Le drame du prix d’une assiette de nourriture

Un repas simple mais nutritif, fait maison, avec des ingrédients fait maison aussi, assure un tiers des besoins caloriques quotidiens d’une personne. Il coûte 1,20 dollar à New York, soit 0,6 % du revenu quotidien moyen. Toutefois, au Sud-Soudan, cela représente plus de deux jours de revenus. Comme si un New-Yorkais devait payer environ 350 dollars pour ce repas.

Au Nigeria, pour ce même type de nourriture, plus d’une journée de revenu doit être réservée. En Colombie, au Guatemala ou en Bolivie, un tel menu représente entre 2 et 2,7 % du revenu quotidien moyen. C’est ce que vient de publier « Counting the beans: the real cost of a dish of food worldwide, 2018 »1 du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU. Les principaux touchés, selon l’étude, sont les pays en conflit ou souffrant de divers facteurs d’instabilité.

Causes et facteurs de la pauvreté

Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, dans son message officiel du 17 octobre, affirme que les conflits armés, les catastrophes naturelles et les inégalités croissantes apparaissent comme des obstacles dans la lutte contre ce fléau. Il appelle de ses vœux « une mondialisation équitable qui offre des possibilités à tous et veille à ce que le développement technologique soit le moteur des efforts visant à éliminer la pauvreté ».

Ces concepts sont partagés, en partie, par les organisations non gouvernementales (ONG) internationales, qui approfondissent néanmoins la réflexion sur les causes et les facteurs de la pauvreté.

« La pauvreté est une épidémie qui touche des millions de personnes sur notre planète », souligne Oxfam Intermón, qui priorise son action dans ce domaine depuis des années. Pour l’ONG, 1,4 milliard de personnes souffrent de pauvreté extrême et près de 900 millions souffrent de la faim et n’ont pas accès à l’eau potable et à d’autres services de base, tels que la santé ou l’éducation.

Dans la pédagogie de cette ONG, cependant, le contenu est plus percutant. Sur son site Internet, Oxfam souligne, qu’avant d’expliquer les causes de la pauvreté dans le monde, il est important de clarifier la différence entre facteurs et causes : « les causes sont des situations qui conduisent au développement de la pauvreté, alors qu’un facteur peut maintenir ces conditions de pauvreté pendant longtemps, puisqu’elles ne permettent pas de trouver une solution ».

« Différentes instances ont étudié les causes de la pauvreté. Cependant, il faut garder à l’esprit que chaque territoire et chaque situation sont différents, donc parler de casuistique générale est plus que complexe », explique l’ONG, avant d’analyser les facteurs qui favorisent le maintien de cette calamité.

Parmi ces facteurs, il faut mentionner le modèle commercial multinational, avec le développement de grandes entreprises qui utilisent des ressources et une main-d’œuvre bon marché, dans des pays à risque de pauvreté, les appauvrissant encore plus.

Relevons aussi la corruption, privant de ressources essentielles qui devraient être affectées aux domaines sociaux. Sans sous-estimer l’impact du changement climatique, des maladies et des épidémies.

Autres facteurs : le gaspillage alimentaire, qui signifie que 1,3 milliard de tonnes de produits gaspillés pourraient nourrir 800 millions de personnes affamées ; la discrimination sexuelle ; les conflits armés ; la croissance exponentielle du nombre de personnes sur la planète. Cependant, toujours selon Oxfam Intermón, l’un des facteurs les plus préoccupants reste le manque d’intérêt des pays développés pour l’éradication de la pauvreté.

Sergio Ferrari, de l’ONU, Genève, Suisse

Traduction Rosemarie Fournier

1 « Compter les haricots : le coût réel d’un plat de nourriture dans le monde, 2018 »


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