«La Suisse doit réagir au coup d’Etat en Bolivie»

Quelque quatre-vingt personnalités de la gauche et des Verts demandent au Conseil fédéral de suspendre toute coopération économique, et de veiller à la protection des droits humains sur place. La démission forcée du président Evo Morales, selon eux, est un coup d’Etat.

La mansuétude de la communauté internationale à l’égard du nouveau pouvoir bolivien choque de nombreux politiciens suisses. Dans une lettre ouverte adressée ce jour aux médias et au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), quelque quatre-vingt élus et anciens élus de gauche et des Verts, principalement genevois et tessinois, dénient toute légitimité au «gouvernement de facto» de Jeanine Añez, pouvoir qu’ils estiment surgi d’un «coup d’Etat». Ils demandent dès lors «au Conseil fédéral de suspendre toute coopération économique ou au développement 1 tant que l’ordre constitutionnel n’aura pas pu être rétabli dans le pays et surtout, que les droits fondamentaux du peuple bolivien et de ses élus ne seront pas respectés».

A l’appui de leurs dires, les premiers signataires, dont les conseillers aux Etats genevois, Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga, et les conseillers nationaux Nicolas Walder, Delphine Klopfenstein Broggini, Denis de la Reussille et Stéfanie Prezioso affirment que la démission du président Evo Morales et [celles] de nombreuses autorités exécutives et parlementaires» ont été obtenues par la «violence» et «des menaces» exercées alors que la protection policière leur avait été retirée. «La ‘suggestion’ de démissionner que le haut commandement policier et militaire a fait au chef de l’Etat est clairement un abus.» De cette façon, «parler de démission volontaire relève de la fiction et le terme correct à employer est celui de coup d’Etat», écrivent les élus.

Accueillir les personnes persécutées

Le texte, qui s’inquiète de la persécution des «parlementaires, autorités et militants affiliés au parti d’Evo Morales», exige que «l’armée bolivienne retourne dans ses casernes» et que de nouvelles élections soient organisées «sous l’égide de l’Assemblée nationale dont le mandat se poursuit jusqu’à la fin de la législature en janvier 2020». «D’ici à ce que cette situation se vérifie sur le terrain, nous demandons au DFAE d’enjoindre le corps diplomatique suisse sur place à rappeler aux autorités ‘de facto’ exerçant le pouvoir, l’attachement de notre pays aux droit humains et à accueillir si nécessaire dans notre ambassade ou via des procédures d’asile, les personnes faisant l’objet de persécutions.»

Outre les six élus fédéraux, on relève parmi les signataires la présence de plusieurs députés genevois, vaudois, bâlois et tessinois, de l’ex-rapporteur onusien pour le droit à l’alimentation Jean Ziegler, du conseiller administratif genevois Rémy Pagani et de David Payot, conseiller municipal à Lausanne.

Benito Perez, Le Courrier, 20 novembre 2019

Photo: Le Courrier


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