Les femmes : entre indépendance économique et émancipation

La santé des femmes fait partie depuis longtemps des préoccupations de l’OMS et, depuis près de dix ans, elle est devenue une priorité. Si les problèmes de santé des femmes présentent bien des points communs partout dans le monde, on relève aussi des différences marquées, liées aux conditions dans lesquelles elles vivent. En particulier dans les pays pauvres, la population féminine est en moyenne plus jeune, les taux de mortalité chez les enfants sont plus élevés et la plupart des décès féminins frappent des fillettes, des adolescentes et de jeunes adultes.

La différence la plus frappante entre les pays riches et les pays pauvres concerne la mortalité maternelle. Par exemple, si seulement 6 femmes sur 100 000 meurent en couches en Suisse, elles sont encore plus de 300 au Burkina Faso. Mais il faut relever que, dans un même pays, la santé des fillettes et des femmes est fortement influencée par des facteurs sociaux et économiques tels que l’accès à l’éducation, le degré de prospérité de la famille et le lieu de résidence, comme nous le rappelle un rapport de l’OMS.

Les stratégies générales, telles que la réduction de la pauvreté, le développement de l’accès à la lecture et à l’instruction élémentaire, à la formation et à l’éducation, ainsi que le développement des possibilités de participation des femmes aux activités économiques contribuent à des progrès durables dans le domaine de la santé des femmes. L’expérience donne à penser qu’il faudra pour cela une approche fondée sur l’égalité entre les sexes et les droits capable de mobiliser les énergies de la société civile et de reconnaître la nécessité d’un engagement politique, pouvons-nous lire dans ce rapport.

Malheureusement, trop souvent, les Etats manquent de moyens, et surtout de volonté, pour affronter ces problèmes qui sont pourtant prioritaires, tant les femmes ont d’importance dans le lien social et la santé des familles. C’est dans ce contexte qu’au Burkina Faso, la Marche mondiale des femmes/Action nationale du Burkina Faso (MMF/ANBF), en tant que mouvement social, tente de pallier les faiblesses du pouvoir : l’association soutient et promeut, depuis quinze ans, des projets permettant à des femmes de prendre leur destin en main, en devenant économiquement indépendantes.

E-CHANGER, ONG suisse romande, appuie le travail de MMF/ANBF depuis 2009. Actuellement, l’anthropologue Aja Diggelmann, qui travaille au Burkina Faso depuis bientôt dix-huit mois, est en tournée en Suisse pour expliquer l’importance du travail de la Marche mondiale. Dans la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, de très nombreuses personnes mangent à midi hors de leur domicile, si bien que la restauration de rue est une activité génératrice de revenus. C’est pourquoi MMF/ANBF encadre les femmes qui se lancent dans ce commerce, puis les aide à améliorer la qualité du service, tant du point de vue de l’hygiène que de la relation avec les éventuels employés et les clients. Grâce à ce travail, ces femmes deviennent plus indépendantes et, avec l’argent gagné, peuvent améliorer la nourriture et la santé de leurs enfants et probablement aussi leur faciliter une scolarisation plus régulière.

C’est donc non seulement une action bénéfique pour les femmes, mais qui a aussi un retentissement positif sur l’ensemble de la famille et permet un meilleur équilibre au sein des couples, puisque les maris sont associés à la démarche. Quant aux personnes venant manger dans ces petits restaurants qui accueillent rarement plus de dix clients à la fois, elles mangent mieux et plus sainement.

MMF/ANBF travaille aussi dans les écoles et dans les villages essentiellement au niveau de la promotion de la santé, en particulier santé sexuelle, de la reproduction et santé des petits enfants. Ses actions touchent près de 170 000 femmes et filles à travers le pays, sans compter le travail réalisé en coordination avec d’autres ONG engagées sur le terrain. Petite goutte d’eau, me direz-vous, dans un pays qui compte près de 20 millions d’habitants… Certes, mais c’est tout de même la démonstration qu’un « autre monde est possible ». Dans ces situations, ce sont souvent les mouvements sociaux, nés de la base de la société civile, qui trouvent des solutions là où l’Etat se montre incompétent. Ce sont eux qui véhiculent un changement social libérateur et porteur de santé. Et c’est à eux qu’une petite ONG comme E-CHANGER peut donner un coup de pouce, en envoyant une personne-ressource réussissant à s’insérer dans une association telle que MMF/ANBF, porteuse d’espoir pour de nombreuses femmes burkinabées.

Bernard Borel, membre du comité d’E-CHANGER 

Publié dans Le Courrier, 11 avril 2017


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