Suisse: manifestation massive pour l’égalité salariale femme-homme

Plus de 20.000 personnes se sont mobilisées dans la ville de Berne le 22 septembre pour exiger la parité salariale entre femmes et hommes. Inscrit depuis 37 ans dans la Constitution fédérale, ce principe n’est néanmoins pas appliqué pratiquement, provoquant pour les femmes des pertes annuelles de 7.700 millions de francs. Ce cri de colère dans la capitale helvétique a été poussé par des milliers de femmes et d’hommes – avec une forte présence des jeunes -, à l’appel des principales organisations syndicales et des femmes du pays.

La voix de la rue 

Équivalent, proportionnellement à la population, à une mobilisation de 120.000 personnes en Espagne, 160.000 en France ou en Italie, 300.00 au Mexique, 100.000 en Argentine, 40.000 en Equateur ou quasiment 500.000 au Brésil.

Cela laisse entrevoir un succès de la grève féministe programmée sur des axes similaires en juin 2019. Cette grève cherchera au moins à répéter l’impact d’une action semblable réalisée le 14 juin 1991, à laquelle ont participé plus d’un demi-million de femmes.

En termes salariaux, le surréalisme atteint des niveaux inimaginables dans cette île continentale, internationalement connue pour ses mécanismes de démocratie directe.

La discrimination comme système 

En moyenne, les femmes gagnent 600 francs par mois de moins que les hommes. Un drame quotidien, malgré le fait que l’égalité salariale n’a pas seulement valeur constitutionnelle depuis 1981, mais qu’elle fut réglementée en 1996 par la loi fédérale sur l’égalité. Et malgré le fait qu’existe en Suisse, depuis 1988, un Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.

Selon les chiffres officiels, la différence salariale entre les femmes et les hommes à l’échelle nationale était de 12 % en 2016 – contre 16,3 % en 2006 – et peut atteindre 18,54 % de salaires plus bas pour les cadres de direction et jusqu’à 8 % pour celles qui n’ont pas des fonctions de cadre.

Les mêmes statistiques révèlent que 40 % de la différence salariale totale entre les hommes et les femmes « est inexplicable » : elle correspond à des fondements subjectifs qui ne sont liés ni à la formation ni à l’expérience. En résumé, elle est fondée sur le simple fait d’être femme et par la discrimination prévalant sur le marché du travail et dans la société suisse.

De manière significative, les mêmes sources officielles prouvent que 60 % des postes de travail rémunérés avec des salaires bas sont occupés par des femmes, alors que 83 % des postes avec des salaires élevés sont occupés par des hommes.

Cette inégalité salariale a son correspondant dans le monde politique. Selon les données actuelles, seules 2 des 7 membres du Conseil fédéral (pouvoir exécutif collégial) sont des femmes ; 29 % des membres du Conseil national (représentant le peuple) et 32 % des membres du Conseil des Etats (représentant les cantons) sont des femmes, tendance qui pourrait décroître, selon les prévisions actuelles, lors des élections législatives de l’année prochain.

La classe politique ignore la Constitution 

Deux jours après cette mobilisation massive du 22 septembre, le Conseil national a commencé à débattre une proposition pour « améliorer » la disparité salariale due à des questions de genre.

La loi proposée par le gouvernement tente d’établir des mesures de contrôle obligatoire contre l’inégalité salariale dans toute entreprise comptant 50 employé-e-s ou davantage. Dans un débat ultérieur, le Conseil des Etats commencé à affadir la proposition, prévoyant que ces mesures régiraient les entreprises de plus de 100 employé-e-s, soit 0,85 % des sociétés employant actuellement 45 % des salarié-e-s suisses.

Le Parlement serait disposé à faire contrôler seulement les entreprises ayant plus de 100 postes de travail à 100 %. Etant donné qu’existe en Suisse un pourcentage significatif de travail à temps partiel, cela diluerait encore davantage le nombre d’entreprises dont le respect de l’égalité salariale serait contrôlé.

Un autre thème important concerne les sanctions éventuelles. Entre l’idée originelle et le débat parlementaire actuel, il y a un monde de différences. Actuellement, l’ajustement législatif contraindrait les entreprises à n’être contrôlées que tous les 4 ans, avec la principale obligation d’informer leurs employé-e-s de la situation.

Dans ce va-et-vient politique, plus que jamais, la pression de la rue peut modifier un rapport de forces historiquement défavorables aux femmes. C’est ainsi que le comprennent les syndicats et plus particulièrement les organisations de femmes.

Celles-ci ont fait entendre leurs voix, leur protestation et leur colère le 22 septembre à Berne et préparent, d’ici 9 mois, la grève féministe. Une sorte d’accouchement où le mouvement social suisse – avec une forte participation des jeunes – veut assumer la « pater-maternité ». 

Sergio Ferrari*, Berne, Suisse

*Traduction: Hans-Peter Renk


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