Marcos Arruda : « Il nous faut voir le développement non pas comme un point d’arrivée, mais comme un processus permanent d’aller toujours au-delà de ce qu’on a déjà entrepris en terme d’humanisation. »

Dernier volet d’une interview en quatre parties, Marcos Arruda, économiste et éducateur du PACS – Institut de Politiques Alternatives pour le Cône Sud – situé à Rio de Janeiro, délivre un message aux Suisses. Il y est question de souveraineté et de respect.
 
Un message pour les Suisses ?
 
Dans mes conférences en Suisse, j’ai donné quelques éléments de défi. Tout d’abord, il faudrait changer de paradigme de développement, et, en conséquence, de l’aide au développement. En effet, l’aide au développement est compris comme l’exportation du modèle de société des pays riches à travers leurs entreprises, leurs banques, leur technologie et leurs produits de consommation. Mais le vrai développement exige qu’on institue un processus capable de déplier les potentiels qui sont à l’intérieur des personnes et des communautés à « aider ». Que peuvent faire les gens pour eux-mêmes ? En quoi les investissements du Nord peuvent contribuer à un développement toujours plus endogène et autonome des pays du Sud ? Et qu’est-ce que nous pouvons apprendre de la diversité de cultures que représentent les pays du Sud? Le paradigme d’aide au développement devrait être revu comme un rapport de complémentarité, de proportionnalité et de vraie réciprocité.
 
Il nous faut voir le développement non pas comme un point d’arrivée, mais comme un processus permanent d’aller toujours au-delà de ce qu’on a déjà entrepris en terme d’humanisation.
 
La deuxième idée-défi est de stimuler le développement du Sud à travers une politique d’appui au développement non traditionnel ; c’est-à-dire si le développement est fait par vous-même, ce que vous, pays industrialisés, pouvez faire avec vos entreprises et votre argent, c’est de les orienter vers un processus croissant d’autonomisation des peuples du Sud. J’ai donné à ce titre un exemple lors du carrefour de la solidarité à Genève, qui est extrêmement gênant pour ceux qui s’accrochent au modèle philanthropique d’aide au développement.
 
Imaginons. Nestlé passe un contrat avec le gouvernement brésilien pour installer une usine capable de produire le meilleur chocolat du monde avec notre cacao, notre sucre, notre soja, notre alu et notre force de travail. Quel rôle au niveau développement peut entrevoir cette entreprise ? Après 10 ans d’opération et de remise légale de profits et dividendes, elle part en laissant sa technologie et sa connaissance pour aller ailleurs. Le Brésil produirait de façon autonome leur propre chocolat de haute qualité.
 
Pourquoi être un tyrannosaure, si tu peux être petit, solidaire et heureux? Ce discours n’a pas plu au représentant du gouvernement genevois lors du carrefour de la solidarité parce que je parlais d’autonomie et de souveraineté. Pourtant, à mes yeux, un rapport d’égalité, de fraternité et de liberté ne peut s’établir que sur la  base d’autonomie, de respect et de souveraineté des partenaires.
Propos recueillis par Olivier Grobet
 

 
Fragments de paroles

 

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