Nicaragua: d’une dictature à l’autre

Le Nicaragua est passé du statut de symbole d’une lutte révolutionnaire réussie contre la dictature de Somoza, perçue dans le monde entier, à celui de nouvelle dictature. En alliance avec l’Eglise et les entrepreneurs, le gouvernement du FSLN (Frente Sandinista de Liberación Nacional), dirigé par Daniel Ortega, contrôle de larges secteurs de la société. Le régime suit une voie économique néolibérale, les libertés démocratiques n’existent que sur le papier et l’État et le parti ont fusionné depuis longtemps.Face à ces développements autoritaires et paternalistes, des étudiants (rapidement rejoints par d’autres groupes) ont commencé à faire appel en avril 2018. La réaction sanglante du régime aux premières manifestations a fait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues. Depuis le début des manifestations, plus de 320 personnes ont été tuées, des milliers blessées et plus de 30 000 personnes ont fui les persécutions du régime pour s’exiler. L’année passé de nombreuses ONG ont été privées de leur capacité juridique, ce qui signifie non seulement une interdiction de facto, mais aussi une forme de criminalisation du travail de la société civile. Cette nouvelle qualité de la violence révèle ce que les voix critiques à l’égard du gouvernement nicaraguayen dénoncent depuis longtemps : L’ancien parti révolutionnaire FSLN a perdu son caractère émancipateur et le président Daniel Ortega a une fois de plus plongé le pays dans une dictature. Par conséquent, la gauche internationale qui avait fermé ses yeux pour longtemps, a exclu le parti FLSN récemment.
Non seulement les manifestants exigent la démission d’Ortega, mais en même temps, ils élaborent de nouveaux concepts sociaux d’en bas. C’est une autre raison pour laquelle la situation au Nicaragua soulève des questions qui s’étendent bien au-delà du pays : Des questions sur les relations entre le parti, l’Etat et le mouvement, sur l’importance de la démocratie et des droits à la liberté, sur la solidarité, les modèles de développement alternatif.

Daniel Schär


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