« Planète vivante », règne animal agonisant, terre épuisée…

Le WWF publie son rapport annuel 

La terre se dirige vers un *burn-out*. La nature se meurt. L’indice planétaire des eaux douces montre une diminution de 83% par rapport à 1970. Le déclin vertigineux des populations d’espèces sauvages – une baisse de 60% en à peine plus de quarante ans – est une illustration sinistre, voire peut-être même l’indicateur ultime, des pressions que nous exerçons sur notre planète.

Telles sont quelques-unes des conclusions du Rapport Planète Vivante 2018, publié la dernière semaine d’octobre par le WWF (World Wildlife Fund), une ONG environnementale comptant plus de 5 millions de membres et un réseau mondial actif, présent dans une centaine de pays.

Situation critique, changements drastiques

Ce document, préparé avec le soutien de l’Institut de zoologie de la Société zoologique de Londres, révèle non seulement une radiographie planétaire mais présente également des propositions.

Il appelle à définir un nouvel « accord mondial pour la nature et les peuples » … qui aborde les questions cruciales de l’alimentation de la population mondiale croissante, de la limitation du réchauffement à 1,5° et de la restauration de la nature. Il prend comme cadre les Objectifs de Développement Durable, l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique, qui devront être évalués et révisés dans les années à venir.

De plus, le WWF – de concert avec un consortium de près de 40 universités et organisations de conservation et intergouvernementales – prévoit de lancer un projet de recherche intitulé « Inverser la courbe de la perte de biodiversité ». Cette analyse critique, explique le WWF, inclura la biodiversité dans l’élaboration de systèmes futurs, nous aidant à déterminer les meilleures solutions globales et collectives et à comprendre les répercussions que nous devrons accepter afin de trouver la meilleure voie à suivre.

Pour le WWF, peu de gens ont l’occasion de participer à de véritables transformations historiques. Cette opportunité est la nôtre. Nous avons devant nous une fenêtre d’action qui se referme rapidement et une occasion sans précédent d’entrer dans l’année 2020. Il souligne le grand dilemme encore non résolu : « nous pouvons être les fondateurs d’un mouvement mondial qui change notre relation avec la planète », garantissant un avenir à toute vie sur Terre, ou « nous pouvons être la génération qui a eu sa chance et qui est restée sans rien faire, laissant la Terre disparaître ».

Le document, publié le 30 octobre dernier, introduit une importante clarification conceptuelle : l’agenda de la conservation de la nature ne concerne pas seulement l’avenir des tigres, pandas, baleines et toute l’extraordinaire diversité de la vie. C’est beaucoup plus que cela : les auteurs expliquent que « il n’y aura pas d’avenir sain, heureux et prospère pour les habitants de la planète si le climat est déstabilisé, si les océans et les rivières sont épuisés, si les sols sont dégradés et si les forêts ont disparu, le tout dépouillé de biodiversité, ce tissu vital qui nous soutient tous ». Un nouveau pacte entre l’homme et la nature signifie assurer une transition vers une société qui neutralise les émissions de carbone, arrête et supprime la perte de la nature, souligne le rapport.

Production mondialisée, consommation effrénée

La critique du système productif mondialisé actuel n’est pas un élément secondaire du Rapport Planète Vivante. Toute activité économique dépend en fin de compte des services fournis par la nature, dont la valeur est estimée à près de 125 000 milliards de dollars par an.

« La consommation humaine effrénée est le moteur des changements planétaires sans précédent dont nous sommes témoins, en raison de la demande accrue d’énergie, de terres et d’eau. Le rapport attire l’attention sur le fait que « seulement un quart de la surface de la terre est vraiment libre de l’impact des activités humaines ». D’ici à 2050, si la tendance productiviste et consumériste actuelle se poursuit, ce pourcentage ne sera plus qu’un dixième de la planète sans impact de l’être humain ».

La réalité des écosystèmes marins et d’eau douce en est un exemple. Depuis 1950, selon le WWF, près de 6 milliards de tonnes de poissons et d’invertébrés ont été extraits des océans. Dans le même temps, des pollutions plastiques ont été détectées dans tous les principaux milieux marins du monde.

Le WWF souligne encore que nous vivons actuellement « la Grande Accélération » – un événement unique durant les 4,5 milliards d’années de l’histoire de notre planète – avec l’explosion démographique et la croissance économique qui ont entraîné des changements mondiaux sans précédent en termes de demande accrue en énergie, en terres et en eau.

Le phénomène est si fort, souligne le document, que de nombreux scientifiques pensent que nous entrons dans une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène. Les bienfaits de la Grande Accélération pour l’humanité ont été rendus possibles grâce à la nature. En l’absence de systèmes naturels sains, « nous devons nous demander si le développement humain sera possible dans le futur ».

MENACES ET PRESSIONS 

Le Rapport Planète Vivante identifie une série de facteurs déterminants dans l’accélération de la dégradation des terres:

•              La surexploitation et l’activité agricole, induites par notre consommation excessive, continuent d’être les principales causes de la disparition actuelle des espèces.

•              La dégradation des terres affecte gravement 75% des écosystèmes terrestres, réduisant le bien-être de plus de 3 milliards de personnes, avec des coûts économiques énormes.

•              Les abeilles, les autres pollinisateurs et nos sols – essentiels à la sécurité alimentaire mondiale – sont de plus en plus menacés.

•              La surpêche et la pollution des plastiques menacent nos océans, tandis que la pollution, la fragmentation et la destruction des habitats ont entraîné un déclin catastrophique de la biodiversité en eau douce.

Sergio Ferrari

Traduction Rosemarie Fournier


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