Retour aux sources pour E-CHANGER

Pour E-CHANGER, un nouveau départ et un nouveau président, Gaspard Nordmann, qui met en avant les avantages à être une petite structure : «Cela oblige à aller à l’essentiel.»

Après l’échec de sa fusion Comundo, l’association d’envoi de volontaires revient avec une structure allégée mais des principes renforcés. Entretien avec son nouveau secrétaire.

Renaissance, le terme peut paraître pompeux après une éclipse si courte. Reste qu’E-HANGER (E-CH) est bel et bien une association miraculée. Après avoir entamé en 2013 un processus de fusion-absorption avec sa grande sœur suisse-alémanique Mission Bethléem Immensee (BMI) au sein de Comundo, l’association romande de coopération par l’envoi de volontaires reprend sa liberté et son fonctionnement plus militant, soutenue par des centaines de membres et sympathisants qui font d’E-CHANGER une ONG à part. «Nous ressortons de cette crise avec des conviction renforcées», déclare son nouveau secrétaire général Gaspard Nordmann. Pour Le Courrier, le jeune trentenaire tire les conclusions de ce mariage raté et parie sur un divorce des plus heureux.

Le regroupement de trois organisations œuvrant dans l’envoi de volontaires dans le Sud (outre BMI, il y avait aussi la tessinoise Inter-Agire), basées chacune dans une des régions linguistiques du pays, répondait à une certaine logique.

Gaspard Nordmann: C’est vrai. Il existait une volonté de mettre les ressources en commun, d’autant que la Confédération avait réduit ses apports. Le regroupement devait renforcer tout le secteur au niveau national.

Mais ce qui a été présenté comme une union était en fait une fusion, voire une absorption…

L’opérationnel a été transféré à la plus grosse des organisations, qui était BMI, avec sa quarantaine de collaborateurs, contre une dizaine à E-CH. Cette asymétrie a empêché que nous réglions correctement les problèmes qui apparaissaient, causés notamment par des différences de pratiques. E-CH était habituée à un fonctionnement plus horizontal, plus militant.

Le cas du Brésil est symbolique des difficultés qu’a eu Comundo à dialoguer. BMI souhaitait interrompre le programme brésilien, l’estimant trop cher, et dont la Confédération s’éloignait car le Brésil est un pays émergent. Or, pour E-CHANGER, le Brésil est un endroit très important, où nous avons un grand savoir-faire et une vraie crédibilité auprès des mouvements sociaux. Au sein de Comundo, cette opinion était systématiquement minorisée.

Ces ratés organisationnels ne révèlent-ils pas deux visions différentes de la coopération?

Le mode de fonctionnement horizontal de E-CHANGER traduit sa vision de la coopération Nord-Sud. Nous sommes très attentifs aux besoins et impulsions données par les partenaires. Nous sommes ce qu’ils désirent.E-CHANGER travaille beaucoup avec les mouvements sociaux, c’est moins le cas de BMI.

Le renforcement de la société civile est en effet une priorité absolue d’E-CHANGER, moins de BMI, qui s’attache peut-être davantage à obtenir des résultats directs contre la pauvreté.

Comment une association vit-elle de passer en trois ans de dix permanents à cinquante puis de revenir à une structure quasi-bénévole… Comment vit-on ce retour à la base?

N’ayant pas vécu toutes ces étapes, je vous dirais ceci: je trouve très positif qu’une organisation de coopération suisse soit de taille similaire à celle des partenaires qu’elle appuie au Sud! Cela permet d’être réellement dans une co-opération. Eh puis, être une petite structure constitue une richesse, cela oblige à aller à l’essentiel. En même temps, on hérite de procédures et de savoir-faire qui sont ceux de plus grandes structures: il faudra en tenir compte.

Le vrai redémarrage aura lieu en janvier 2017. Avec quels fonds et dans quels pays?

Nous avons bon espoir de retrouver des financements de la DDC à travers la plateforme UNITE, qui regroupe toutes les ONG envoyant des volontaires, les premiers contacts sont bons. À cette date, nous relancerons le programme Brésil que Comundo vient d’interrompre et reprenons celui du Burkina. On veut commencer modeste.

Sur le fond, sur le plan idéologique, qu’avez-vous retenu de cette expérience? Allez-vous innover dans votre pratique?

Plus que jamais nous voulons donner l’initiative aux partenaires du Sud. En reconstruisant l’appareil, on s’est questionné: à quel niveau faut-il prendre les décisions, qui associer et comment? Ce travail nous a obligés à une introspection. Nous sommes toujours convaincus de la validité de l’envoi de personnes, qui permettent tant l’accès du Sud à des compétences que celui du Nord à l’expérience. Mais nous devons aussi nous adapter à de nouveaux contextes, qui voient par exemple certains pays du Sud disposer de personnel très qualifié mais ne trouvant pas de travail. Par exemple, nous voulons développer le volontariat Sud-Sud, comme au Brésil, dont la situation politique particulière réclame des coopér-acteurs (terme d’E-CHANGER pour qualifier les volontaires) capables de s’adapter très vite.

Et nous voulons aussi mettre sur pied des missions Sud-Nord, où des volontaires pourraient venir en Suisse pour une période déterminée, par exemple de trois mois, apporter leur savoir spécifique, savoir-faire, savoir-être, et leurs expériences. Deux essais ont déjà eu lieu au sein d’Unité.

Enfin, nous allons être plus flexibles en matière de temps de mission. Jusqu’à présent, les coopér-acteurs nationaux ne restaient pas plus d’un an, tandis que les internationaux étaient envoyés pour trois ans. Ces limitations seront adaptées aux besoins des partenaires.

Comment pensez-vous financer les missions Sud-Nord? Ce n’est pas vraiment de la coopération au développement…

Je ne suis pas d’accord. Pour nous, la co-opération est synonyme de réciprocité. L’expérience Nord du coopérateur du Sud peut également être valorisée à son retour!

En tant que pionnier de l’envoi de volontaires, comment voyez-vous l’engouement actuel pour le tourisme humanitaire?

Nous réfléchissons justement à un encadrement de cet élan qui voit des gens partir faire du tourisme tout en consacrant une partie de leur voyage à un projet de soutien. E-CHANGER a près de six décennies d’expérience, peut-être pourrions-nous la mettre à disposition? Histoire de maximiser les apports réciproques que peuvent générer ces échanges.

Par Benito Perez, Le Courrier

Photo: Jean-Patrick Di Silvestro
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«COOPÉR-ACTION» EN BOITE

La relance de Coopér-action – attendu ces jours dans les boites de quelque 12 000 membres et sympathisants – marque une nouvelle étape dans le retour à la normale. Avec son éditorial cosigné par des dizaines de personnalités – dont Franco Cavalli, Silvio Cavuscens, Liliane Maury Pasquier, Anne-Catherine Menetrey ou Patrice Mugny – et de très nombreux acteurs de terrain, le magazine historique d’E-CHANGER affirme son ancrage militant et affiche sa volonté de reprendre sa place dans le mouvement altermondialiste, pour lequel l’association a longtemps organisé la délégation suisse aux Forums sociaux mondiaux, et de «renforcer ses actions de sensibilisation auprès de la population suisse».

Principal changement, le siège principal de l’ONG se déplace vers Lausanne, même si elle conserve un délégué à Fribourg, ainsi qu’à Genève, Jura-Neuchâtel, Berne et Valais.

À l’agenda, E-CHANGER d’ores et déjà gravé au 10 octobre prochain le dépôt de l’initiative fédérale «en faveur de multinationales responsables», puis au samedi 3 décembre, sa grande fête de «renaissance» au Château de Vaulruz. Et, bien entendu, à compter du 1er janvier, la reprise de ses programmes de terrain au Brésil et au Burkina. BPZ


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