Silence, on tue!

La 4ème  édition du festival du film sur les droits humains s’est achevé par la remise du prix Sergio Vieira de Mello à « Ce qu’il reste de nous » de François Prévost et Hugo Latulippe tandis que le prix de l’organisation mondiale contre la torture était remis au Chinois Liu Wei pour « Year by year ». Organisé en marge de la commission des droits de l’Homme de l’ONU, le festival se profile encore comme la mauvaise conscience, le garde-fou d’une commission souvent décriée par les ONGs luttant pour les droits humains.
 
Cette année, la réforme de la commission de l’ONU en un conseil ne fait pas l’unanimité à l’instar de Reporters sans frontières qui s’indigne des demi-mesures prises pour rénover un système obsolète. Si la liste des pays  qui bafouent les droits de l’Homme est longue : Arabie Saoudite, Belarus, Birmanie, Chine, Corée du Nord, Iran, Laos, Maldives, Népal, Ouzbékistan, Russie, Syrie, Turkménistan, Viêt-nam, etc., le FIFDH, lui, a ramené le débat à l’ensemble des Nations.
 
Que penser après avoir vu « King Leopold’s ghost » de Pippa Scott et Oreet Mees ? La Belgique doit-elle encore porter le fardeau d’un passé colonialiste abominable ? L’assassinat commandité de Lumumba, homme lié aux fronts de libération nationale des années 60 et leader politique sûrement jugé trop proche du bloc de l’Est en pleine guerre froide, et la mise en place au pouvoir de Mobutu a-t-elle jeté l’opprobre sur le Zaïre ? Aujourd’hui l’Occident se défend de porter toute la responsabilité des génocides survenus au Rwanda, au Congo et au Burundi. Les causes ne sont pas issues d’une histoire linéaire. Certes.
 
Mais à y regarder de plus près, le festival suggère que l’histoire à défaut d’être linéaire pourrait être cyclique. « Le cauchemar d’Irak » de Steven Artels illustre l’horreur de GI’s rendus à l’évidence : l’Irak ne détient aucune arme de destruction massive ; la priorité est donné à la sécurisation des champs pétrolifères. Au scandale géographique du Zaïre et à ses matières premières (pierres, caoutchouc, etc.) se substitue une lutte pour le contrôle du pétrole. Appât du gain et volonté de pouvoir se rappellent donc à nos bons souvenirs comme des constantes historiques.
 
Il s’appelle Jimmy Massey. Il est ex marines et défend le retrait des troupes américaines d’Irak. Son témoignage, il n’aurait pas pu l’entrevoir aux USA où il est régulièrement menacé et insulté par une partie de la population peu propice à voir les GI’s se retirer d’Irak. Et pourtant il n’est de loin pas le seul à se battre aux USA pour que les choses changent.
 
« J’ai réalisé que les discours et promesses faites aux marines ne seraient pas tenues. Nous tirions avec des balles à uranium appauvri afin de tuer même quand la personne se tient cachée derrière 20 cm d’acier. Personne d’entre nous n’était au courant de cela, pas même des risques que nous encourions nous-même en manipulant de tels armements. L’Irak a tellement été bombardé qu’il est devenu un territoire dévasté et radioactif. Aux check points, les consignes données par nos supérieurs étaient de tuer si on ne nous obéissait pas. Ma section a abattu plus de 30 civils innocents en 3 mois alors que je commençais à dénoncer cette guerre en Irak », explique-t-il.
 
A la question de savoir pourquoi il n’est pas parti plus tôt et pourquoi il n’a pas dénoncé plus rapidement cette ignominie, l’ex Sergent Chef, Jimmy Massey répond : « Aux USA, c’est très grave d’accuser ces supérieurs de mensonges. Affirmer qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak et que notre première mission était de sécuriser les puits de pétroles revenait à discréditer le pouvoir militaire et l’administration Bush. A vrai dire, je risquais la peine de mort si je n’avais pas de quoi prouver mes propos. » Jimmy a donc goûté à l’amère contradiction d’un pays où le droit à la liberté d’expression est censé être fondamental.
 
Au banc des Nations, à la commission des droits de l’Homme, c’est la crise. Sans doute parce qu’aujourd’hui le silence des uns ne constitue plus un signe approbateur, mais un accord tacite d’un silence commun sur ses propres exactions.
 
Olivier Grobet


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