Six ONGs sensibilisent le public du Paléo festival de Nyon aux causes humanitaires

Au bord du lac Léman, plus de 200 000 personnes fréquentent à présent le Paléo festival de Nyon grâce à 30 ans d’une continuité bien huilée et d’une gestion réaliste. Entre l’ivresse des mélodies, des concerts et l’effervescence perceptible des genres et des sens, s’immiscent quelques tentes d’ONGs arborant slogans, logos et astuces pour faire passer leurs messages tout en préservant le caractère ludique de la manifestation.

Décalées ?

Situées en plein centre de l’enceinte, entre les stands multiculturels de nourriture, le fameux  » chapiteau « , le  » club tent  » et l’incontournable  » grande scène « , les ONGs se trouvent sur un lieu de passage quasi obligatoire. Malnutrition, problèmes de santé, SIDA, transplantation, témoignages de missions humanitaires, recyclage de téléphone portable, défense des droits de l’Humain tiennent  » pignon sur festival « . Décalées…? En tout cas pas de l’avis tous.

 » Il a toujours été question de travailler avec comme principes : le respect, la tolérance et l’ouverture d’esprit.  » (Daniel Rossellat, fondateur du Paléo)

La présence d’Amnesty international, groupe de la côte, remonte déjà à la deuxième édition qui se tenait il y a 29 ans sur le site de Colovray.  » Le Paléo constitue une association neutre, mais il alimente une conscience sociale et humanitaire, explique Daniel Rossellat, fondateur du festival. Il a toujours été question de travailler avec comme principes : le respect, la tolérance et l’ouverture d’esprit. Dès les premières heures du festival, nous avons offert la possibilité aux ONGs de sensibiliser le public sans le harceler. Le groupe de la Côte d’Amnesty international a été le premier à s’implanter. Puis Terre des Hommes et Stop SIDA les ont très vite rejoint au coeur du festival. A vrai dire, inclure ces organisations n’a jamais constitué un objectif spécifique- cela s’est fait naturellement.  »

Sensibiliser, mais à quelles conditions ?

D’apparence intuitive, la présence d’ONGs au sein de l’un des plus grands festivals de musique d’Europe n’est tout de même pas complètement fortuite.  » Le Paléo reverse des dons à certaines associations, mais discrètement, confirme Daniel Rossellat. Pour pouvoir planter sa tente dans la zone humanitaire, il faut tout de même répondre à quelques critères. D’abord il faut poser une demande officielle, rit-il. Puis, il faut être en accord avec les valeurs du Paléo, qui sont du reste relativement proche de celles de la plupart des ONGs. Afin de conserver le caractère festif de l’événement, nous nous assurons que ces organisations ne vont pas harceler le public pendant les concerts en leur proposant de signer des pétitions à tout bout de champ. Pour tout avouer, je ne suis pas vraiment partisan d’un quelconque prosélytisme militant. Le Paléo s’assure encore que le stand n’a pas de vocation purement lucrative. Enfin, nous demandons une participation financière symbolique de l’ordre de 500.-CHF. En fait, cela dépend de la taille de la tente et du nombre de personnes censées travailler sur place. Cette somme inclut les accès pour les bénévoles du stands et l’électricité. Mais il faut tout de même noter que nous sommes limités en place. La zone attribuée n’est pas extensible et nous devons nous montrer réalistes.  »

Si la présence d’ONGs est rendue possible par l’organisation du festival , il reste à savoir si le public répond positivement aux messages dispensés par ces ambassadeurs de l’aide humanitaire. Quel axe de sensibilisation privilégient-ils ? Comment réagissent les gens ? Petit florilège d’interviews croisées auprès de ces ONGs. Cela vaut-il la peine de placer un stand au Paléo ?

Médecins du mondeRaphaël Rollier :
 » L’important au Paléo- c’est de rendre visible l’association. Si les gens voient que nous existons, ils pourront s’impliquer plus tard. Outre le fait que nous sommes toujours à la recherche de dons, nous recrutons beaucoup de futurs collaborateurs dans ce genre de manifestations, notamment pour Médecins du monde France qui comporte plus de 140 missions contre 5 en Suisse. Le contact direct, le fait que les gens posent des questions nous permettent de leur donner les bonnes adresses pour envoyer un dossier de candidature. Peu de monde sait que le siège suisse de Médecins du monde se trouve à Neuchâtel.
Ce qui est étonnant, c’est que les gens se montrent très souvent ouverts sur les thématiques proposées. En étant dans cet esprit de fête, calme et reposé, ils profitent de prendre le temps pour s’asseoir avec vous et discuter un peu. Pour l’anecdote- comme on en discutait avant, le meilleur public qu’on ait eu, celui qui était vraiment sensible à notre cause, c’est celui de Johnny Hallyday. Malgré une carapace très dure, ces personnes sont de grands sensibles à l’intérieur.  »

Amnesty International- groupe la CôteMichèle Resin :
 » Tous les jours, nous avons des pétitions différentes à faire signer, qui concernent soit des actions en cours, soit des dossiers dont notre groupe a la charge tel que celui des prisonniers en Tunisie. Le futur SMSI de Tunis constitue aussi une grosse préoccupation pour nous dans la mesure où ce sommet se déroulera dans un pays où il la liberté d’information n’existe pas. Notre groupe s’occupe aussi d’une femme condamnée à mort en Arabie Saoudite. De plus, nos actions se portent au Brésil dans le cadre des tortures infligées en prison alors que ce pays a ratifié la convention pour l’abolition de la torture. Nous nous sommes encore engagés à faire signer deux pétitions à propos d’Israël et des territoires occupés, toutes deux adressées aux premiers ministres respectifs de ces deux autorités. Dans ce cadre, nous luttons contre la violence infligée aux femmes due aux détériorations du logement et d’une conjoncture économique qui se dégrade. Il y a encore le malheureux anniversaire de Bhopal, en Inde. Enfin nous terminerons ce Paléo sur le thème de la Suisse et de sa politique d’asile. On demande au canton de Vaud de prendre en compte les ressortissants soudanais qui demandent l’asile en Suisse.
Le public du Paléo se montre en général très sensible aux causes évoquées- surtout les jeunes. Dans ce contexte, nous avons le temps de parler et de répondre à leurs questions. Certaines personnes reviennent d’année en année. Cette édition du Paléo, les gens sont étonnés par la diversité des pays touchés et des problématiques rencontrées. On nous demande régulièrement ce que l’on fait sur la Suisse. Le fait qu’on aborde la question de l’asile a plu. D’ailleurs, Amnesty a pu prouver que les services cantonaux ont traité les 527 dossiers relatifs aux ressortissants éthiopiens et soudanais de manière très légère.  »

Terre des HommesAnne Chamot :
 » Notre sensibilisation au Paléo s’axe sur la campagne  » solidarcomm  » qui évoque le recyclage du natel. Le but est d’inciter les gens à remettre leurs anciens natels (téléphones portables) dans les urnes qui se trouvent à Terre des Hommes Genève, à la FNAC et à l’Université, pour pouvoir les remettre à une association qui s’appelle  » Realise « . Cette dernière les détruit dans les normes ou les remet en état afin d’être à nouveau commercialisés en seconde main. Cette campagne s’inscrit donc dans l’optique du développement durable. Sinon nous sensibilisons aussi le public aux missions que nous tenons dans divers pays (http://www.tdh.ch/). Nous recrutons des bénévoles pour si les gens sont intéressés. Enfin, nous présentons la déjà célèbre marche de l’espoir qui a lieu en octobre pour les enfants du Mali et du Burkina Faso.
Après trois soirs, je dirais que les gens réagissent bien. Ils aiment bien le quiz qu’on leur propose.  »

Enfants du monde Pascal Jungo :
 » Cette année, Edm sensibilise le public aux thèmes de l’eau, notamment en Suisse. On cherche à faire connaître les tenants et les aboutissants de l’eau potable, de l’eau en bouteille et sa gestion On leur pose des questions-quiz de consort avec Terre des Hommes. De cette manière, on prend toujours le temps de discuter avec les gens pour faire connaître notre association.
Les personnes qui s’arrêtent au stand réagissent souvent mieux en début de soirée et ils s’intéressent surtout à tout ce qui touche l’humanitaire. Ils ont souvent des projets pour partir à l’étranger ou l’envisagent ; donc, ils posent beaucoup de questions sur nos actions et sur leurs possibilités de collaborer avec nos différentes coordinations.  »

Médecins sans frontières Sandra De Grazia :
 » Cette année, nous avons axé notre stand sur les problématiques liées à la malaria. Nous faisons signer une pétition (www.msf.ch pour signer online cette pétition) pour obliger Novartis à respecter ses engagements. Ils avaient promis 60 millions de doses de médicaments efficaces contre la malaria d’ici la fin de l’année. Ce qu’il se passe, c’est que l’OMS a passé un accord exclusif avec Novartis pour promouvoir leur médicament qui s’appelle le coarteme. Aujourd’hui, nous allons nous trouver en rupture de stock, ce qui veut dire que l’OMS ne sera pas en mesure de fournir les pays demandeur d’un médicament efficace. Notre deuxième axe de sensibilisation se porte sur le thème de la malnutrition au Soudan, en Ethiopie et au Niger.
Les visiteurs se montrent souvent curieux et apprécient l’aspect interactif de notre présentation. L’avantage de la pétition- c’est de proposer une action concrète aux gens qui prêtent une oreille aux problèmes qu’on leur relate. Ils peuvent donc participer, être interactif. D’une manière générale, le public est détendu et bénéficie de temps. Il réagit donc assez bien aux messages, même si certaines soirées sont plus propices à créer un climat sympa. Par exemple, la soirée reggae a très bien marché, tandis que le concert de Rammstein (Ndlr.. groupe de metal- rock noir) n’a pas su créer une ambiance très conviviale. Des gens reviennent chaque année sachant que nous sommes présents. MSF aime bien aussi mettre à disposition des volontaires qui reviennent de mission. Les intéressés peuvent donc poser toutes leurs questions relatives au terrain. Beaucoup d’infirmières, qui travaillent ici, se renseignent pour éventuellement s’engager. Même si les thèmes évoqués ne sont pas drôles, l’accueil au stand est plutôt chaleureux. Je trouve que c’est important d’être dans des lieux comme le Paléo car tu peux faire passer un message de manière plus ludique qu’à l’accoutumée. Ce n’est pas contradictoire de mélanger fête et sensibilisation humanitaire. En plus, je suis pour un travail de proximité ancré dans le relationnel. C’est, à mon avis, plus humain qu’un article dans un journal ou sur un site internet. »

Propos recueillis par Olivier Grobet


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