Une alternative aux OGM – Point de situation au Burkina Faso

« A l’endroit des producteurs conventionnels, je demande d’essayer le bio car, loin de ce qu’ils pensent, l’agriculture biologique est plus rentable que le conventionnel. Avec son mode de production naturel, les consommateurs et eux auront la santé. Le bio c’est lier la santé à la nutrition. » [7]

Mme Sedogo Sophie, vice-présidente du CNABio

 

L’agriculture est pratiquée par environ 80% de la population burkinabè, dans plus de ¾ des cas sur de petites exploitations agricoles familiales ; le coton est la principale culture de rente [1] du pays.

Au début des années 2000, le Burkina Faso a entamé des discussions avec la firme Monsanto pour introduire une variété de coton génétiquement modifiée contenant une toxine, le Bacillus thuringiensis (BT) afin de lutter contre les parasites de la plante et permettre une réduction des coûts de production. Les semences du coton transgénique BT ont été introduites progressivement dans les champs à partir de 2008. Des visites in-situ ont même été organisées au profit de plusieurs producteurs d’autres pays d’Afrique qui venaient s’inspirer de l’expérience du Burkina Faso, et ceci malgré les interpellations d’organisations de producteurs dont la COPAGEN (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain) et le SYNTAP (Syndicat national des travailleurs de l’agropastoral).

Après quelques campagnes de production, alors que plus de la moitié des producteurs de coton ont utilisé toutes leurs terres pour la semence BT, des difficultés apparaissent. La qualité du coton n’est pas satisfaisante, les fibres sont moins longues : le coton burkinabè peine à trouver preneurs sur le marché international. En outre les rendements baissent parce que le volume de fibres est plus faible.

Un producteur raconte [2] : « Lorsqu’on nous a proposé des nouvelles semences, nous ne savions pas ce que voulait dire “OGM”. Il nous a juste été expliqué que nous allions produire beaucoup, beaucoup plus : au moins 30 % de plus qu’avec le coton conventionnel » (…). Dès la première année, on a vu les rendements passer de 700 kg à 800 kg par hectare. Cependant, « à la troisième campagne, nous avons commencé à nous poser des questions, car la rémunération de notre récolte avait brutalement chuté ». (…) De fait, avec le coton BT, leur bénéfice annuel à l’hectare était tombé de 245’000 francs CFA (372 euros) à 225’000 francs CFA (342 euros), alors que le coût des intrants (semences, engrais, pesticides) était « au moins » multiplié par trois.

L’introduction des OGM dans l’agriculture au Burkina Faso pose non seulement le problème de la productivité durable à propos du coton, mais également met clairement en péril l’autonomie des petites exploitations agricoles familiales, car les semences OGM sont la propriété des firmes internationales.

En 2015, profitant de l’opportunité de la mobilisation sociale liée au changement politique, suite au soulèvement populaire de fin 2014 (démission du président après 27 ans de règne), et à la mise en place d’un gouvernement de transition plus ouvert, une coalition d’organisations, dont certaines partenaires d’E-CHANGER, (ARFA, CNABio, FENOP), regroupées au sein du CCAE (Collectif citoyen pour l’agroécologie) mobilise la population pour réclamer la fin du coton BT au Burkina. Cette mobilisation donne lieu, en mai 2015, à une marche contre les OGM et pour la souveraineté alimentaire, aux RIR OGM (Rencontre Internationale des résistances aux OGM), et au FASA (Front Africain pour la Souveraineté Alimentaire) notamment, des activités importantes étant organisées par le CCAE afin d’interpeller les autorités politiques sur les OGM. Les plaintes répétées des producteurs de coton et la pression des sociétés cotonnières se sont ajoutées à cette mobilisation forte, contraignant finalement le gouvernement à mettre fin à la production du coton BT dès la saison 2015-2016.

Les OGM n’ont cependant pas disparu du Burkina…

Début 2018, la population est informée par la presse qu’un projet international « Target Malaria », porté par un institut de recherche burkinabè depuis 2012 et financé par la fondation Bill & Mélinda Gates, travaille à la mise au point de moustiques génétiquement modifiés afin de lutter contre le paludisme. Le CCAE, la COPAGEN entre autres, se mobilisent spontanément pour interpeller les autorités sur les risques éventuels d’un tel projet, des milliers de personnes descendent dans la rue le samedi 2 juin 2018. La mobilisation se fait aussi par une collecte de signatures dans le cadre d’une pétition. Un mémorandum est remis au gouvernement appelant à la suspension de ce projet, d’autant plus que des expériences précédentes en Inde n’ont pas toujours donné satisfaction. Malgré ces actions, ce projet a reçu en août dernier l’autorisation du gouvernement pour lâcher les moustiques dans deux localités situées à l’ouest du pays. Des recherches seraient également en cours sur des semences génétiquement modifiées de maïs et de niébé.

Une alternative aux OGM

L’agroécologie et l’agriculture biologique sont des alternatives saines à l’introduction des OGM au Burkina. Ces pratiques sont respectueuses de l’environnement et adaptées aux réalités des petites exploitations agricoles. Des organisations se mobilisent pour promouvoir ces pratiques culturales dont le CNABio [3], ARFA [4], la FENOP [5], autant de partenaires d’E-CHANGER au Burkina et membres de plusieurs réseaux d’organisations nationales et africaines. Ces dernières font un travail d’information, d’accompagnement technique, d’appui à la commercialisation des produits, avec des milliers de petit-e-s producteurs-trices. Cette vulgarisation de l’agroécologie et de l’agriculture biologique permet de préserver l’environnement, de fournir des aliments sains à la population et d’assurer l’autonomie vis-à-vis des semences.

Le CNABio, qui travaille à la structuration du secteur de la production biologique au Burkina Faso, bénéficie de la collaboration d’un coopér-acteur d’E-CHANGER, René Emmenegger [6]. Avec lui, ils vulgarisent une norme locale de certification biologique, le SPG (système participatif de garantie), qui est un référentiel peu coûteux et adapté aux réalités locales. Le CNABio contribue à faire le lien entre l’offre et la demande de produits agricoles biologiques au plan national, mène des actions de plaidoyer auprès des autorités nationales pour une meilleure vulgarisation des produits agricoles biologiques et écologiques.

Judith Somda, coordinatrice du programme Burkina Faso d’E-CHANGER.

[1] Culture qui vise à générer des profits pour celui ou celle qui en est responsable

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/23/manifestation-au-burkina-faso-contre-les-ogm-de-monsanto_4639357_3212.html

[3] Conseil national pour l’agriculture biologique

[4] Association pour la recherche et la formation en agroécologie

[5] Fédération nationale des organisations paysannes

[6] Une petite description de son projet se trouve au dos de ce numéro.

[7] https://www.cnabio.net/%C3%A0-propos-de-nous-1/l-actu-du-cnabio/jpo-%C3%A0-la-saisonni%C3%A8re/


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