Conséquences médicales des lois sur l’asile: « Nous n’hésiterons pas à dénoncer les abus »

Susana Simoes, cheffe de la mission Suisse de MSF, commente les conséquences possibles sur nos projets des nouvelles lois sur l’asile et les étrangers récemment votées. Ces lois auront des conséquences directes sur le travail de MSF auprès des personnes en situation d’exclusion.

Le résultat des votations a-t-il un impact direct sur notre projet Meditrina à Zurich ?

Avant les votations du 24 septembre, nous avons publiquement exprimé notre préoccupation quant aux conséquences médicales des nouvelles lois sur l’asile et les étrangers. Concrètement, nous avons mis en garde contre le fait que l’aide médicale apportée aux migrants sans statut légal devient illicite. Nous avons aussi alerté sur les problèmes potentiels d’accès aux soins pour les requérants déboutés exclus de l’aide sociale.

Dès l’entrée en vigueur des nouvelles lois, ces craintes deviendront réalité. D’une part, notre activité à Zurich deviendra hors-la-loi. D’autre part, elle s’inscrira dans un contexte où des milliers de personnes verront leur possibilité d’accès aux soins réduite (on parle de 9000 requérants déboutés exclus de l’aide sociale). Ce sont là deux terribles constats pour un pays riche et développé comme la Suisse.

Le fait que votre activité devienne illicite va-t-il changer votre mode de fonctionnement à
Meditrina ?

Forts de notre engagement et de nos principes, nous allons évidemment poursuivre notre travail dans les mêmes conditions que jusqu’à maintenant, ici et ailleurs, dans le respect de l’anonymat de nos patients.

En tant qu’acteur de terrain, nous avons aussi la responsabilité de prêter une attention accrue aux situations rencontrées et n’hésiterons pas à dénoncer toute forme d’abus engendré par ces nouvelles lois (pressions sur notre travail, suppression de l’aide sociale pour les requérants déboutés en situation de vulnérabilité tels que femmes enceintes, personnes malades, etc.).

Vous attendez-vous à une augmentation du nombre de patients ?

Dans la mesure où la suppression de l’aide sociale pousse les requérants déboutés dans la clandestinité, et étant donné que l’accès aux soins des personnes sans statut légal est précaire, nous pouvons effectivement nous attendre à une augmentation du nombre de patients sur nos projets. Dans ce cas, nous sommes prêts à réévaluer notre offre afin de répondre aux besoins.

Mais nous devons également envisager une diminution du nombre de patients. Le cadre plus répressif sous-tendu par les nouvelles lois peut aussi conduire les migrants sans statut légal à ne plus oser sortir de l’ombre pour faire valoir leur droit fondamental à se faire soigner.

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