Un fixeur de Radio France torturé pendant 9 jours par l’armée russe en Ukraine

Fusillade de son véhicule, séances de torture au couteau et à l’électricité, coups de crosse de fusils mitrailleurs sur le visage et sur le corps à plusieurs reprises, simulacre d’exécution, privation de nourriture pendant 48 heures… Reporters sans frontières (RSF) révèle le témoignage glaçant d’un fixeur et interprète de Radio France de 32 ans, enlevé et torturé par l’armée russe dans un village du centre de l’Ukraine. Neuf jours d’horreur qui confirme l’intensité des crimes de guerre perpétrés par l’armée russe contre les journalistes.

AVERTISSEMENT : LE RÉCIT QUI SUIT PEUT HEURTER LA SENSIBILITÉ DE CERTAINES PERSONNES

Le 5 mars, Nikita* accompagne une équipe d’envoyés spéciaux de Radio France en reportage dans le centre du pays, non loin du village où sa famille s’est repliée. A l’hôtel où l’équipe s’est posée, il apprend qu’un chemin menant au village où réside sa famille est libre d’accès. Les bombardements sont intenses dans la région : il décide d’y faire un aller-retour rapide pour vérifier si elle s’y trouve et l’évacuer. Il emprunte la voiture de l’équipe après l’avoir vidée du matériel. Il doit traverser trois villages pour atteindre sa destination.

Au volant d’un véhicule identifié par un sigle “presse” apposé sur la calandre, il tombe dans une embuscade d’une troupe de reconnaissance russe en lisière de forêt au bord de la route : sa voiture est prise sous la mitraille. Il compte trente à quarante coups de feu.

Nikita est emmené par les militaires dans une maison. Il explique qu’il est fixeur et interprète pour des journalistes étrangers, mais les coups pleuvent, des coups de crosse de fusils mitrailleurs, sur le visage et sur le corps. Nikita sent des morceaux de dents dans sa bouche et crache du sang. Les soldats le jettent dans un fossé, à côté d’un chien mort, et le soumettent à un simulacre d’exécution : un soldat prétend vouloir vérifier que son arme fonctionne, le coup de feu effleure la tête de Nikita.

Les militaires décident ensuite de l’emmener dans leur campement dans la forêt à une dizaine de minutes de marche. On l’attache à un arbre, on lui vole son alliance, on le met pied-nus. Durant cet après-midi-là, des militaires lui assènent encore des coups de crosse et de violents coups de barre de fer sur les jambes. Nikita en perdra connaissance à plusieurs reprises. Il raconte que les soldats semblaient agir par jeu.

Aveuglé, à moitié assommé, Nikita sera déplacé pour être attaché à un autre arbre, puis plus tard à un autre encore. Il passera ainsi près de trois jours dans la forêt, attaché les mains dans le dos à des arbres. Le 6 mars, il est interrogé par un militaire qu’il comprend être un colonel. On l’interroge sur ses activités. Pendant encore deux jours, Nikita reste attaché dans la forêt. On a arrêté de le frapper, d’autres civils sont attachés à ses côtés – l’un d’eux, libéré en même temps que Nikita et que RSF a pu contacter, permettra de recouper son récit.

Un soldat remonte son pantalon, à la jambe droite, jusqu’au genou. Un autre lui assène des chocs électriques. La vue bouchée, le visage collé au sol, Nikita est incapable de décrire avec quel instrument. Mais il raconte trois ou quatre chocs électriques, pendant cinq à dix secondes à chaque fois. La douleur est telle que chaque seconde semble une éternité. Les deux autres civils qui l’accompagnent sont également torturés. Celui que RSF a pu contacter raconte qu’on lui a mis un sac sur la tête pour l’empêcher de respirer, et qu’on l’a battu très violemment.

(…) Le 13 mars Nikita est relâché dans une forêt après une heure de route. Il pense être exécuté et court : les balles ne sifflent pas, il atteint une route.

Alertée de la disparition de ce jeune fixeur le 8 mars par Radio France et mobilisée pour le retrouver, RSF a noué contact avec Nikita après sa libération via son Centre pour la liberté de la presse ouvert à Lviv. Son témoignage a été recueilli par des responsables de la direction Plaidoyer et Assistance de RSF lors de plusieurs séances les 17 et 18 mars**.

Un collaborateur de RSF l’a accompagné lors de son examen médical, qui a permis de confirmer les traitements subis. L’examen médical qu’il a subi constate des hématomes à la tête et sur le corps, le gonflement de la jambe droite, les engourdissements des membres pouvant résulter des chocs électriques. Relevant que les blessures de Nikita ont été infligées par l’armée russe, le médecin va jusqu’à conclure qu’il a subi un “traumatisme criminel”. Aujourd’hui, Nikita se remet et sa famille a pu s’enfuir.

RSF va transmettre très prochainement le témoignage bouleversant de Nikita au procureur de la Cour pénale internationale (CPI).

PROTÉGER LES JOURNALISTES

Merci pour votre engagement à nos côtés et de nous donner les moyens d’agir et d’accompagner des journalistes en détresse comme Nikita, et ce, partout dans le monde.

Connectez-vous pour laisser un commentaire