BRÉSIL : « Nous continuerons à lutter »

 « Nous continuerons à défendre la Constitution, la tolérance, un Brésil pour tous et à combattre le péril de la dictature, l’élimination des conquêtes sociales, la vente du patrimoine public et des richesses du pays, le racisme et la misogynie, l’homophobie et la menace de la violence institutionnalisée. »

La déclaration, signée par le Front pour un Brésil populaire et le Front pour un Brésil sans peur, a été publiée après le résultat des élections présidentielles remportées par Jair Bolsonaro, le 28 octobre. Regroupant les principaux syndicats et mouvements sociaux du pays, ces deux fronts ont été des acteurs centraux de la résistance au néolibéralisme autoritaire mis en place, dès l’automne 2016, par le gouvernement Temer, issu du coup d’Etat parlementaire contre la présidente Dilma Rousseff (Parti des travailleurs, PT).

Rupture politique

La nuit du 28 octobre, dans l’Etat d’Alagoas (Nord-est), le siège de la Centrale unique des travailleurs (CUT), la principale faîtière syndicale du pays, a été la cible de coups de feu. Le jour précédent, Charlione Lessa Albuquerque, un militant de 23 ans, était tué par balles dans l’Etat du Ceara (Nord-Est), alors qu’il participait à une caravane favorable au candidat Haddad; dans le Matto Grosso (Sud-est), des partisans de Bolsonaro incendiaient un campement de sans-terre.

On pourrait multiplier les incidents qui soulignent la rupture politique en cours au Brésil: l’accession au pouvoir d’un président aux traits fascistes.

Pinochet brésilien

« Je pense que le gouvernement Bolsonaro va ressembler à ce qu’a été le gouvernement Pinochet au Chili. C’est un gouvernement qui va utiliser tout le temps la répression, les menaces, l’intimidation. D’un autre côté, il va tenter de donner une totale liberté au capital, à travers un programme néolibéral », analyse João Pedro Stédile, dirigeant du Mouvement des sans-terre (MST).

Bolsonaro a été élu sur fond de profonde crise économique et sociale. Celle-ci a libéré les forces les plus réactionnaires du pays.

L’ex-capitaine a affiché son intention de s’appuyer sur les militaires et des représentants du capital – notamment de l’agrobusiness – pour imposer un programme économique ultralibéral. Mais ce dernier ne fera qu’exacerber les contradictions sociales, souligne Stédile: « Bolsonaro peut aider les banques à maintenir leurs profits, il peut aider les transnationales. Mais cela ne va pas résoudre les problèmes concrets de la population en termes d’emploi, de revenu, de droits au travail, de retraites, de terre, de logement.»

La rue plutôt que l’exil

Des résistances vont donc s’exprimer. « Entre l’exil et la prison, nous choisissons la rue » affirmait, le 28 octobre, Guilherme Boulos, dirigeant du mouvement des travailleurs sans toit (MTST) et membre du Front pour un Brésil sans peur. Candidat pour le Parti socialisme et liberté (PSOL) au premier tour de la présidentielle, Boulos a soutenu Fernando Haddad (PT) au second. Sa phrase est une réponse aux menaces de répression lancées par Bolsonaro. Vagner Freitas, le président de la CUT, lui a fait écho: « Il est l’heure d’unir les forces démocratiques et populaires pour résister ». Le MST est aussi résolu à se battre: « Jamais auparavant, dans l’histoire du Brésil, nous n’avions mis plus de 500 000 femmes dans les rues pour crier NON au fascisme. Nous avons subi une défaite électorale, mais nous sortons de ce processus regroupés, avec la capacité et la force organisée nécessaire pour résister à la prétendue offensive fasciste », indique João Pedro Stédile. Le 30 octobre, de premières manifestations en défense de la démocratie ont eu lieu dans plusieurs villes, dont São Paulo.

La résistance au bolsonarisme ne part pas de zéro. Mais elle risque de se heurter à une répression barbare – dans un pays où les héritiers des maîtres d’esclaves dénient toute valeur à la vie d’un pauvre, d’un noir, d’un sans-toit ou d’un sans-terre.

Ceux qui continuent à résister auront besoin de notre soutien. Comme le soulignent les historiens Antoine Acker et Silvia Capanema:  « L’expérience des comités de solidarité internationale des années 1970, qui surent lever des fonds, organiser des campagnes, mobiliser l’espace médiatique et créer des plates-formes d’expression pour les démocrates latino-américains doit plus que jamais nous inspirer » [1].

Guy Zurkinden, journaliste, ex-cooper-acteur d’E-CHANGER

31 octobre 2018

[1] Le Monde, 31 octobre 2018.


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