Une prévention omniprésente, du développement autant que possible et de l’urgence dès que nécessaire

Le Droit comme Boussole

L’intégration des droits humains était considérée sur le Réseau Humanitaire comme la déclinaison d’un quadruple nexus urgence-paix-droits humains- développement. En 2026, c’est chose faite- Les droits humains sont aujourd’hui considérés comme la colonne vertébrale du nexus, une approche transversale permettant de guider les actions de chacun vers les mêmes objectifs que l’on soit un acteur de l’urgence du développement ou un promoteur de la paix. L’impact recherché converge. La planification stratégique se fait dès lors possible et opérationnelle. Cette convergence des mandats autour des droits fondamentaux transforme en effet la planification stratégique : elle ne cherche plus seulement la cohérence, mais l’interopérabilité immédiate sur le terrain.

Intégration de l’environnement et Urgence Climatique : Ciment du Nexus

La réflexion se portait aussi sur comment considérer les désastres naturels dans ce quadruple nexus, alors que la paix était entrée en force dans le triple nexus. Les réflexions ont tout naturellement mené vers l’intégration de l’environnement et du changement climatique. Les mesures de prévention et de gestion des ressources entre acteurs communautaires offrent la possibilité d’avoir des objectifs communs. Dans une approche intégrée la prévention des désastres naturels permet de servir la cohésion sociale et donc la paix.

Vers le Quintuple Nexus : La fin des silos opérationnels

D’une manière générale, l’innovation de l’intervention se fait en prédiction des conflits et en prévention. La gestion des risques comme élément crucial renforce le développement qui doit pouvoir réduire les risques de conflits et de désastres. Le lien donc entre urgence-développement passe par une approche basée sur les droits, tout en y intégrant des processus liés à la promotion de la paix et la préservation de l’environnement. Le monde de la solidarité internationale pourrait bien dès lors adopter un quintuple nexus.

Innovation des financements et des cadres stratégiques

Il n’en est pas moins que son opérationnalisation reste compliquée ne serait-ce que par les exigences bailleurs se référant plus volontiers à de l’humanitaire, de la coopération au développement ou la promotion de la paix. Comme évoqué plus haut, afin d’y remédier, on parle aujourd’hui de financement « agnostique ». Il est question de la création de fonds communs où le bailleur ne définit pas le pilier (Urgence, Développement, Paix, Droits ou encore Catastrophes Naturelles), mais l’objectif de sortie de crise. C’est la dynamique contextuelle qui oriente l’allocation des ressources avec une prévention omniprésente, du développement autant que possible et de l’urgence dès que nécessaire sur la base des besoins des populations les plus vulnérables. Cela implique une redevabilité sur les effets collectifs (outcomes).

Gouvernance équilibrée

La « décolonisation » de l’aide a poussé de nombreux acteurs à décentraliser leurs décisions. En effet, la localisation de l’aide change profondément les rapports de pouvoir et tente d’établir des relations plus équitables entre les différents acteurs internationaux. Le multilatéralisme se doit de se reformuler dans cette perspective. Néanmoins, cette réflexion transposée aux acteurs travaillant déjà avec des acteurs locaux, les remet en question. Pourquoi ne pas donner directement aux organisations locales dès lors ? C’est sans aucun doute se méprendre sur la valeur ajoutée de certaines ONGs capables de travailler avec les organisations de base, pleinement ancrée dans leurs territoires. Souvent ces organisations n’ont pas les capacités de répondre aux exigences des bailleurs internationaux. Dans cette perspective, si la localisation est une bonne idée, elle ne doit pas se faire au détriment des acteurs de la coopération internationale capable de les renforcer afin de les faire gagner en autonomie, ni se faire au détriment de la souveraineté des acteurs locaux. Il s’agit ici de trouver le bon équilibre et une gouvernance permettant à la co-opération de perdurer. Son avenir est en jeu et dans ce contexte, certaines ONGs seront peut-être amenées à évoluer rapidement ou à disparaître.

La solidarité internationale comme réponse au chaos

Dans un monde où les autoritarismes prennent de l’ampleur, où la géopolitique se caractérise par des grands pôles de puissances militaires et économiques, il n’est pas étonnant que la solidarité internationale soit remise en question, elle qui prône plutôt à l’inverse une horizontalité des pouvoirs. L’émergence de nouvelles dynamiques mondiales, des nouvelles alliances, d’un repli sur soi, d’une volonté de privilégier sa propre sécurité réduisent de plus en plus les capacités de la solidarité internationale. Pourtant le monde n’a jamais eu autant besoin de donner du sens à cette mutation. L’avènement d’un « nouvel ordre » plus juste et solidaire ne peut pas se faire par la force. La solidarité internationale et le nexus constituent une réponse à ce chaos. Face à la guerre ou aux catastrophes naturelles, il nous faut être résilients et penser des objectifs vers une vision commune : faire sens.

Olivier Grobet

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